Push
Push
    • Push
    • États-Unis
    •  - 
    • 2008
  • Réalisation : Paul McGuigan
  • Scénario : David Bourla
  • Image : Peter Sova
  • Montage : Nicolas Trembasiewicz
  • Musique : Neil Davidge
  • Producteur(s) : William Vince, Bruce Davey, Glenn Williamson
  • Interprétation : Chris Evans (Nick Grant), Dakota Fanning (Cassi Holmes), Camilla Belle (Kira Hudson), Djimon Hounsou (Henry Carver)...
  • Date de sortie : 4 février 2009
  • Durée : 1h50
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Push

réalisé par Paul McGuigan

Si les blockbusters de catégorie A, en 2008, ont su retirer leur épingle du jeu en s’inspirant copieusement du modèle télévisuel ou des comic-books, ceux de la catégorie B, les plus modestes, les « sans stars », ont encore un train de retard. Entre maniérisme creux et intrigue de série télé, Push a bien du mal à trouver son équilibre. Plus hystérique qu’énergique et plus confus que foisonnant, il gaspille les quelques rares bonnes idées qui le parsèment.

Ce n’est plus un secret pour personne, les blockbusters hollywoodiens, pour se renouveler, sont contraints de se tourner vers la télévision. Au moment où le cinéma stagne et régresse en Amérique, les programmes télé explosent[1]C’est désormais par la petite lucarne que l’Amérique se montre un peu : de l’indécence de ses émissions de télé-réalité à la paranoïa de ses séries. Qu’est-ce qui témoigne le mieux aujourd’hui des différences de classe et des clivages régionalistes que cette sidérante émission qu’est Trading Spouses (Chéri, je change de famille !) ? Qu’est-ce qui interroge aussi bien les contradictions morales du patriotisme et du protectionnisme que 24 ? Qu’est-ce qui témoigne mieux de l’hystérie ambiante que le Jerry Springer Show ? Les Américains ne peuvent mieux jouir du spectacle d’eux-mêmes que devant l’écran de leur téléviseur depuis que leur cinéma, entre le déballage infantile des effets spéciaux et le nombrilisme des « auteurs », a cessé de les regarder.. Les séries télé ont réussi ce qu’Hollywood a toujours fantasmé : des programmes dont la qualité ne va pas nécessairement de pair avec la vision d’un cinéaste un peu trop ambitieux. Pour cela, il faut tout miser sur le scénario et réduire la mise en scène à sa plus simple fonctionnalité, ce qui, au cinéma, est loin d’être évident quand on constate la dérive maniériste qui le guide depuis un moment déjà. C’est pourquoi ce n’est pas le moindre des mérites d’un film comme The Dark Knight que d’avoir réussi à se réapproprier toute l’esthétique des séries TV (scénario qui évolue en se télescopant, multiplicité des personnages, effacement de la mise en scène) en l’acclimatant aux atouts du blockbuster (budget pharaonique, qualité des effets spéciaux, étirement de la durée sans le souci de remplir une « case » de programme). C’est à ce paradoxe qu’en est Hollywood aujourd’hui : pour assurer sa survie, il doit avant tout faire des films qui soient de la bonne télé (ou du bon comics, comme Iron Man). C’est aussi la conséquence de sa politique anti-auteur : sans cinéastes, plus de cinéma, logique. Sans cela, le blockbuster oscille entre l’exercice illustratif type Seigneur des Anneaux ou Hellboy 2, ou le méchoui visuel indigeste façon Transformers [2]Récemment, seul Sam Raimi avec Spider-Man 3 est parvenue à dompter un coûteux film de studio pour en extraire, dans un pur vice de forme, un sujet à traiter susceptible de nous interpeller..

Bref, tout cela pour comprendre que, si le salut artistique de ce cinéma peut venir de la télévision, on se rend bien compte, devant Push, que c’est loin d’être acquis. Le film lorgne explicitement vers les séries du type Heroes (dont il s’inspire largement), avec ses acteurs de seconde main − certainement qualifiés pour remplir le petit écran, mais vite largués au milieu du grand − et se plante sur toute la ligne dans sa façon de retranscrire visuellement l’univers qu’il tente d’imposer. L’histoire suit le crescendo classique dans lequel un héros du genre loser (Chris Evans, pas très attachant) tombe avant de pouvoir s’affirmer en tant que tel, le tout saupoudré de super pouvoirs, d’expérimentations génétiques nazies et de complot inter-gouvernemental (la mystérieuse présence d’une sempiternelle « compagnie » au but flou hante l’intrigue). La bonne idée, c’est de classer les individus dotés de capacités surnaturelles par catégorie : ceux qui pratiquent la télékinésie, ceux qui voient le futur, ceux qui transforment les objets, etc. La mauvaise idée, c’est d’avoir confié la tâche de mettre tout ça en scène à Paul McGuigan. Ce dernier, en optant pour une direction très réaliste, n’a pas su choisir entre une réalisation qui chercherait un rendu esthétique des différents pouvoirs (les « saigneurs », dont la capacité consiste à hurler jusqu’à ce que tout s’effondre, offrent de grands moments de ridicule), ou un découpage qui suivrait de près chacun des personnages pour mieux planter l’histoire. Entre cinéma et télévision, il préfère la photographie (domaine dont il est issu), en se souciant plus de pourlécher son image, de l’originalité de son angle de vue, de la palette graphique de ses couleurs. Tout cela se déroule à Hongkong, et l’on ne cesse de constater que le film sombre dans le « wong kar-waïsme » un peu bébête. Ce maniérisme narcissique, déjà agaçant en soi, afflige définitivement lorsqu’il est censé mettre sur pied un scénario alambiqué dont on a parfois du mal à saisir tous les enjeux. Autrement dit, pour que le cinéma hollywoodien puisse se plier aux règles télévisuelles, il va devoir se débarrasser de ses mauvaises manies.

Notes   [ + ]

1.C’est désormais par la petite lucarne que l’Amérique se montre un peu : de l’indécence de ses émissions de télé-réalité à la paranoïa de ses séries. Qu’est-ce qui témoigne le mieux aujourd’hui des différences de classe et des clivages régionalistes que cette sidérante émission qu’est Trading Spouses (Chéri, je change de famille !) ? Qu’est-ce qui interroge aussi bien les contradictions morales du patriotisme et du protectionnisme que 24 ? Qu’est-ce qui témoigne mieux de l’hystérie ambiante que le Jerry Springer Show ? Les Américains ne peuvent mieux jouir du spectacle d’eux-mêmes que devant l’écran de leur téléviseur depuis que leur cinéma, entre le déballage infantile des effets spéciaux et le nombrilisme des « auteurs », a cessé de les regarder.
2.Récemment, seul Sam Raimi avec Spider-Man 3 est parvenue à dompter un coûteux film de studio pour en extraire, dans un pur vice de forme, un sujet à traiter susceptible de nous interpeller.
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