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A Man

A Man

de Kei Ishikawa

  • A Man
  • (ある男)

  • Japon2024
  • Réalisation : Kei Ishikawa
  • Scénario : Kosuke Mukai
  • d'après : A Man
  • de : Keiichiro Hirano
  • Image : Ryuto Kondo, Kenjiro Soh
  • Montage : Kei Ishikawa
  • Musique : Cicada
  • Production : Aeon Entertainment, GyaO, Kinoshita Group, Shochiku Studio Co.,
  • Interprétation : Satoshi Tsumabuki (Akira Kido), Sakura Andō (Rie), Masataka Kubota (Daisuke)...
  • Distributeur : Art House Films
  • Date de sortie : 31 janvier 2024
  • Durée : 2h01

A Man

de Kei Ishikawa

Faux-semblants


Faux-semblants

À l’image de ses personnages, A Man avance masqué. Son argument de départ ressemble à celui d’un thriller : suite à la mort accidentelle de Daisuke (Masataka Kubota), son deuxième mari, Rie (Sakura Andō) découvre qu’il n’était pas celui qu’il prétendait et charge son avocat, Akira Kido (Satoshi Tsumabuki), de faire la lumière sur ce « Monsieur X ». Mais il s’avère rapidement que Kei Ishikawa s’intéresse en réalité autant à l’enquête de Kido qu’à la galerie de personnages qui la soutient ; les différentes figures rencontrées par l’avocat bénéficient d’ailleurs chacune d’une séquence dédiée, brossant leur quotidien en quelques traits (la petite amie du véritable Daisuke discute avec son voisin, le collègue de Kido se tient seul dans son bureau, etc.). A Man fait ainsi montre d’une certaine patience lorsqu’il explore avec pudeur les affres intimes de ses personnages – en particulier lors d’une scène qui voit Rie raconter la perte de son premier enfant, et dans laquelle l’ombre des arbres appose un masque délicat sur son visage éploré.

Qui suis-je ?

L’enquête sur X, par sa nature exceptionnelle, renvoie peu à peu chaque personnage à ses propres doutes et participe d’un brouillage généralisé de leurs identités. Les dessins signés par « Daisuke », qui permettent finalement de boucler l’affaire, représentent d’ailleurs une série de visages rendus méconnaissables, comme si cet inconnu incarnait métaphoriquement une puissance chaotique affectant l’ensemble des individus gravitant autour de lui. En témoigne une scène pivot située au fond d’une prison, rompant drastiquement avec l’atmosphère solaire du reste du film, dans laquelle Kido interroge un vieil homme condamné pour avoir facilité par le passé plusieurs usurpations. Ishikawa procède d’un renversement des points de vue lors du champ-contrechamp entre les deux personnages, non sans évoquer une scène similaire du Manhunter de Michael Mann dans laquelle le profiler du FBI questionnait Hannibal Lecktor dans sa cellule : au fil de l’interrogatoire, l’entremetteur commence à questionner le passé de Kido – et devine notamment ses origines coréennes –, au point que c’est l’avocat qui semble à son tour prisonnier des barreaux de la prison. La scène se clôt par l’un des plus beaux plans du film : une trace d’humidité laissée par la main moite du détenu se dissipe peu à peu et distille un frisson d’incertitude chez l’avocat respectable (qui était cet homme mystérieux, déjà disparu, qui a su lire en lui ?).

Sous ses dehors de film d’enquête, A Man révèle progressivement son enjeu souterrain : cerner les multiples facteurs qui conditionnent l’identité des personnages. Ainsi de X, poursuivi toute sa vie par le statut criminel de son père, du véritable Daisuke, qui a préféré disparaître plutôt qu’accepter l’héritage du sien, ou de Kido, immigré coréen de la troisième génération qui doit supporter le racisme de ses beaux-parents et des militants nationalistes défilant dans les rues. Les nombreux surcadrages matérialisent alors la façon dont les personnages sont enfermés par leur passé et leurs histoires intimes. Ce geste est d’ailleurs prolongé par une citation de La Reproduction interdite (1937) de René Magritte dans le premier et l’ultime plan du film. Ce dernier met en scène Kido qui, face au tableau, s’inscrit à son tour dans un cadre (celui de la caméra) de façon à prolonger l’enfilade des silhouettes. Si la mise en abyme préfigurait dans un premier temps les multiples alter egos de Monsieur X, le plan dissipe maintenant sa part de mystère pour adresser une question amère et laissée en suspens : est-il seulement possible d’échapper à qui l’on a été ?

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