Aime et fais ce que tu veux

Aime et fais ce que tu veux

de Małgorzata Szumowska

  • Aime et fais ce que tu veux
  • (W Imię...)

  • Pologne2013
  • Réalisation : Małgorzata Szumowska
  • Scénario : Małgorzata Szumowska, Michał Englert
  • Image : Michał Englert
  • Montage : Jacek Drosio
  • Musique : Paweł Mykietyn, Adam Walicki
  • Producteur(s) : Agnieszka Kurzydlo
  • Interprétation : Andrzej Chyra (Père Adam), Mateusz Kosciukiewicz (Lukasz), Lukasz Simlat (Professeur Michal), Maja Ostaszewska (Ewa)
  • Distributeur : ZED
  • Date de sortie : 1 janvier 2014
  • Durée : 1h41

Aime et fais ce que tu veux

de Małgorzata Szumowska

Les lois de l'attraction


Les lois de l'attraction

Alors que la traduction d’un titre peut souvent agir comme un miroir déformant, transformer une poignée de mots en une caricature aussi peu précise qu’une restauration de Cecilia Giménez, celle du quatrième long-métrage de Małgorzata Szumowska a le grand mérite d’être non seulement fidèle à la version originale (W imię… , « au nom de…»), mais également de présenter d’un même coup les deux faces de cet élégant film sur le tiraillement : en citant l’un des plus célèbres aphorismes de Saint Augustin, « Aime et fais ce que tu veux », le titre français s’avère être le viatique idéal pour aborder le dilemme déchirant d’Adam, jeune prêtre attiré par un garçon également épris de lui et, de ce fait, ballotté entre le commandement (« aime ») et la permission (« fais ce que tu veux ») – entre l’engagement sacerdotal et le désir amoureux. D’une certaine manière, on pourrait s’amuser à détourner le titre d’un autre film (bien différent…) et parler de la loi de l’attraction, cette règle de vie (célibat et abstinence) à laquelle Adam a accepté de soumettre ses sentiments et que le film ne cherche, bien heureusement, jamais à souiller mais à exposer dans toute sa double complexité : l’amour divin et la liberté individuelle.

Tourner le dos au fait divers…

L’attirance d’un prêtre pour un jeune homme… Avec un tel sujet, Aime et fait ce que tu veux aurait pu n’être qu’une diatribe hystérique de bouffeur de curés, s’abandonnant au sordide complaisant du fait divers adapté à l’écran. Au lieu de cela, Małgorzata Szumowska, que l’on a déjà vu s’intéresser avec moins de finesse à la dialectique entre frustration et épanouissement sexuels dans Elles, offre un film solaire qui, malgré quelques hoquets maniéristes et un parcours un brin balisé, réussit ce qui manquait sur ce thème trop vite couvert d’anathème : une œuvre pudique, plus occupée par la beauté d’un amour difficile que la laideur du scandale facile.
Caméra à l’épaule, la réalisatrice enregistre la vie du centre pour mineurs délinquants dirigé par Adam. Sans trop d’insistance, la mise en scène laisse éclore la fascination mutuelle entre le prêtre et Lukasz au milieu des activités du groupe, tout en y infiltrant les indices d’une irrépressible force dramatique. Car, même la plus banale scène quotidienne contient, en germe, les éléments indiquant que la passion naissante se heurtera à la violence des rapports sociaux. Małgorzata Szumowska travaille notamment beaucoup sur la manière dont les jeux (foot, concours de plongeons, chamailleries a priori innocentes…) virent progressivement au défi viril primaire avant de dégénérer et de basculer vers le drame.

… et accueillir les genres

Comme un chapelet qui intercale un « Notre Père » au milieu de dix « Je vous salue Marie », Aime et fais ce que tu veux contient quelques enclaves où le langage cinématographique change de registre : entre les enchaînement de séquences tournées caméra à l’épaule, quelques emprunts à l’imagerie propre différents genres du cinéma américain surgissent plus ou moins discrètement. Adam évacuant sa frustration en courant à travers les bois partage, dans cet élan forestier, un point commun avec les hommes-monstres des films d’horreur (cf. Le Loup-Garou de Londres de John Landis) ; tout comme le panorama grand angle, filmant depuis une grue un autre jogging du prêtre, et l’épicerie sommairement construite en planches de bois au milieu d’une rue poussiéreuse renvoient à certains lieux communs du western. Ces clins d’œils semés à quelques points du film viennent aiguiser le sentiment d’une violence contenue par les deux amants (et, tout particulièrement, lorsque Lukasz contemple avec rage les flammes dévorant l’épicerie à laquelle il a mis feu après le transfert d’Adam) ; tout comme ils témoignent d’une ouverture bienvenue vers un cinéma hybride, tentant furtivement un rapprochement entre l’occasionnelle pudeur européenne et l’efficacité américaine.

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