© Haut et Court
Elles
  • Elles

  • France2010
  • Réalisation : Małgorzata Szumowska
  • Scénario : Tine Byrckel, Małgorzata Szumowska
  • Image : Michał Englert
  • Montage : Françoise Tourmen, Jacek Drosio
  • Musique : Paweł Mykietyn
  • Producteur(s) : Marianne Slot
  • Production : Slot Machine
  • Interprétation : Juliette Binoche (Anne), Anaïs Demoustier (Charlotte), Joanna Kulig (Alicja), Louis-Do de Lencquesaing (Patrick), Krystyna Janda (la mère d'Alicja), Valérie Dréville (la mère de Charlotte), Jean-Louis Coulloc'h (le père de Charlotte)...
  • Distributeur : Haut et Court
  • Date de sortie : 1 février 2012
  • Durée : 1h36

Femmes, femmes


Femmes, femmes

Une journaliste un peu étriquée est chargée d’écrire un article sur les étudiantes vendant occasionnellement leur corps. Pas avare de mises en abyme sur les artifices qui feraient des actrices des prostituées modernes, la réalisatrice polonaise ne choisit pourtant que trop rarement le bon angle pour traiter son sujet. Reste le portrait d’une bourgeoise égocentrée finalement pas très intéressant.

Pour son quatrième long-métrage, Malgoska Szumowska tenait un beau projet finalement assez ambitieux : à travers l’enquête menée par Anne (Juliette Binoche), une journaliste des beaux quartiers, auprès de deux étudiantes se livrant à la prostitution occasionnelle, la réalisatrice souhaitait probablement se donner l’occasion de porter un regard inédit sur les actrices qui, au travers de mises en abyme plus ou moins inspirées, seraient les nouvelles prostituées des temps modernes. Offrant leur corps sur grand écran dans des situations parfois dégradantes, celles-ci feraient plus ou moins la même chose que les professionnelles du sexe, mettant leurs carapaces au service de fantasmes (parmi lesquels le désir projeté du spectateur) dont elles ne seraient que l’instrument, la voie d’accès. Argument ultime, le maquillage (et toutes sortes d’artifices vestimentaires) soulignerait le double-jeu, l’entrée en scène de ces femmes qui peuvent gommer leurs yeux creusés, leurs rides naissantes (Juliette Binoche) ou leur visage acnéen (Joanna Kulig) pour devenir de véritables visages-écrans capables de vampiriser la caméra.

L’idée aurait pu accoucher d’un beau film, d’autant plus que l’expérience passée de documentariste de la réalisatrice lui permet de ne pas trop s’encombrer de ressors sociologiques lorsqu’elle dresse le portrait des deux jeunes prostituées, interprétées sans fausse note par Joanna Kulig et Anaïs Demoustier. Cela donne d’ailleurs lieu à quelques jolies scènes menées avec un délicat mélange de nervosité et de fébrilité associant confessions et rencontres avec les clients parfois improbables, celles-ci ne sombrant heureusement pas dans un exotisme qui poserait le spectateur en position de juge. Pourtant, cela ne suffit pas à combler les gros problèmes d’écriture de l’ensemble du projet qui ne trouve jamais le point d’équilibre (pourtant recherché) entre ces deux affranchies et la journaliste qui mène l’enquête, elle-même étriquée dans un confort bourgeois dont on devine (de manière bien trop évidente) qu’il est synonyme de frustration sexuelle et d’une méconnaissance de ses propres désirs.

C’est pourtant ce pendant qui a malheureusement la préférence de Malgoska Szumowska, se reposant sur une Juliette Binoche qu’on aura rarement vue aussi mauvaise. Elle étire le film en longues scènes dénuées d’intérêt où la journaliste s’évertue à préparer le dîner mondain de son mari, telle une Mrs Dalloway des temps modernes qui serait brusquement confrontée à la vacuité de son existence régie par les conventions avec, en écho lointain, ces deux jeunes femmes qui ont osé vivre jusqu’au bout leur duplicité. On n’est pas loin du fantasme petit-bourgeois embarrassant dans ce qu’il trahit des intentions de la réalisatrice à travers ce personnage dont l’évidente gaucherie relève surtout d’un problème de direction d’acteurs. Cela donne lieu à quelques passages pénibles parce qu’ils donnent le sentiment qu’ils sont obligés (la scène de masturbation sur le sol de la salle de bain), tuant dans l’œuf ce projet qui ne manquait pourtant pas de potentiel. À l’image de l’article écrit par Anne (et dont l’évidente médiocrité saute aux yeux dès qu’elle pose une question à ses deux partenaires), Elles aurait probablement gagné en honnêteté à s’appeler « Elles et Moi » tant la démarche révèle un égocentrisme qui n’est jamais mis au service de la forme.

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