© Bodega Films
Allende mon grand-père

Allende mon grand-père

de Marcia Tambutti Allende

  • Allende mon grand-père
  • (Allende, Mi Abuelo Allende)

  • Chili, Mexique2015
  • Réalisation : Marcia Tambutti Allende
  • Scénario : Paola Castillo, Bruni Burres, Valeria Vargas, Marcia Tambutti Allende
  • Image : David Bravo, Eduardo Cruz Coke, Daniel Dávila
  • Son : Roberto Espinoza, Bernat Fortiana, Galileo Galaz, Cristian Larrea, Juan Pablo Marniquez
  • Montage : Titi Viera Gallo, Coti Donoso
  • Musique : Leonardo Heiblum, Jacobo Lieberman
  • Producteur(s) : Paola Castillo, Martha Orozco
  • Production : Errante, Martfilms, Fragua Cine
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 9 décembre 2015
  • Durée : 1h37

Allende mon grand-père

de Marcia Tambutti Allende

Quête de mémoire


Quête de mémoire

Le 11 septembre 1973, Salvador Allende, président de la République du Chili, est renversé par un coup d’état orchestré par le général Pinochet, et se suicide dans le palais présidentiel. Sa fille et proche collaboratrice Beatriz met elle aussi fin à ses jours, quatre ans après la mort de son père. Exilé au Mexique, le reste de la famille n’a pu retourner au Chili qu’au moment de la transition démocratique à la fin des années quatre-vingt. Marcia Tambutti Allende, petite-fille de « Chicho » (surnom affectueux donné à l’ancien président), décide de partir en quête de ce grand-père qu’elle n’a jamais connu. Elle cherche à briser le silence dans lequel se murent ses proches, sa grand-mère et sa mère notamment, toujours traumatisés et meurtris par les souvenirs douloureux du coup d’état et de l’exil. En plus de sa dimension historique, le film est un document très personnel, modeste dans la forme, qui doit beaucoup à l’engagement à la fois simple et sincère de la réalisatrice devant la caméra.

Une mémoire difficile à construire

Veuve de Salvador Allende, Hortensia Bussi (appelée La Tencha par ses proches) est au centre du projet de la cinéaste, qui l’interroge sur sa relation avec son grand-père sans obtenir de vraies réponses. Si le souvenir du coup d’État est pesant, celui de sa vie de couple parfois conflictuelle avec l’homme politique, qui vivait au rythme de ses campagnes présidentielles, n’a pas non plus laissé que des traces heureuses. Lors d’une scène révélatrice, la réalisatrice offre à sa grand-mère deux photos de Salvador et Beatriz Allende : Hortensia Bussi fait mine de ne pas pouvoir regarder les photos en raison de sa mauvaise vue.

Si la cinéaste rassemble un nombre impressionnant d’archives et de photographies, elle peine à libérer la parole de ses témoins. Loin de mettre en péril l’intérêt du film, cette difficile construction mémorielle, faite de vides impossibles à compléter, devient un argument narratif captivant. Marcia Tambutti Allende se raccroche aussi à la grande histoire et établit des ponts entre la mémoire collective et la mémoire individuelle, le public et le privé, sans pour autant entrer dans les détails politiques et historiques (à ce sujet, les documentaires de Patricio Guzmán, voire de Chris Marker, qui consacre un chapitre au Chili dans Le fond de l’air est rouge, sont de précieux documents).

Un projet de famille

Certes, les plans d’Hortensia Bussi filmée dans son lit, très affaiblie et fatiguée par son grand âge (elle décède en 2009 pendant le tournage du film), peuvent interpeller par leur impudeur. Mais la présence de la réalisatrice dans le champ, indispensable, crée une zone protectrice entre le témoin filmé et la caméra. Marcia Tambutti Allende a gardé judicieusement au montage tous les moments de gêne, de silence et de refus qui rythment les interviews de ses proches. La recherche du grand-père se meut progressivement en quête de communication qui permet aux liens familiaux de se raffermir. Réunir la famille autour d’un album de photos oubliées ou refoulées, voilà l’aboutissement simple et émouvant du projet de la cinéaste, qui réussit à nous transmettre une autre image de Salvador « Chicho » Allende, forcément lacunaire mais bien vivante.

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