© Damned Films
Anatomy of time

Anatomy of time

de Jakrawal Nilthamrong

  • Anatomy of time
  • (Wela)

  • Thaïlande, France2021
  • Réalisation : Jakrawal Nilthamrong
  • Scénario : Jakrawal Nilthamrong
  • Image : Phuttiphong Aroonpheng
  • Décors : Sarawut Karwnamyen
  • Montage : Lee Chatametikool, Katharina Wartena
  • Musique : Pakorn Musikaboonlert, Pachara Chirativat
  • Producteur(s) : Mai Meksawan, Chatchai Chaiyon, Yohann Cornu, Anouk Sluizer, Panuksmi Hardjowirogo
  • Interprétation : Thaveeratana Leelanuja (Maem, présent), Prapamonton Eiamchan (Maem, passé), Sorabodee Changsiri (le général, présent), Wanlop Rungkumjad (le général, passé)...
  • Distributeur : Damned Films
  • Date de sortie : 4 mai 2022
  • Durée : 1h58

Anatomy of time

de Jakrawal Nilthamrong

Le dialogue


Le dialogue

« My life is just an old men’s memory » (Ma vie n’est qu’un souvenir de vieil homme), arbore sur l’un de ses T‑shirt l’infirmière qui s’occupe du vieillard sénile au cœur d’Anatomy of Time. Une phrase qui métaphorise grossièrement ce que le film travaille par son entremêlement des temporalités en racontant parallèlement deux moments de la vie d’une femme, Maem, de ses premiers émois à l’agonie de son mari, un ancien chef d’armée. C’est dans cette illustration de la vieillesse que le film convainc le plus : d’abord à travers le personnage du général, en opposant son passé (une figure virile et dominatrice) à son devenir (un vieil homme dépendant), puis celui de Maem, jadis jeune fille avec la vie devant elle et désormais prisonnière d’un présent qui lui échappe. Cette conception du temps comme un dialogue permanent entre les époques permet à Jakrawal Nilthamrong de formaliser à travers sa mise en scène une manière d’envisager l’existence de manière cyclique, inscrivant ses personnages et son récit dans un cadre autonome qui les dépasse largement, celui de l’imposante nature thaïlandaise. C’est le cas notamment lors d’une scène rythmée par un enchaînement de plans éloquents : un oiseau, sur une branche d’arbre, picore des baies qui le font immédiatement déféquer. Un mouvement de caméra passe de cette branche au sol, puis longe les racines de l’arbre.

Cette scène, qui s’inscrit dans un ensemble de panoramas allégoriques, traduit la volonté du réalisateur de rendre perceptible la circulation de la vie. Jakrawal Nilthamrong n’a pourtant pas la délicatesse d’un Weerasethakul : si sa mise en scène évoque souvent les films de son compatriote, les séquences en pleine nature sont alourdies par une musique planante qui vise trop ouvertement une forme d’évanescence. Le brouillage des repères spatio-temporels, qui faisait la curiosité de la première demi-heure du film, finit par le rendre illisible et semble sans cesse chercher le coup de force. Si quelques idées ou scènes se démarquent localement (une belle séquence lynchéenne à l’éclairage arc-en-ciel dans un bar enfumé), le film s’avère trop prétentieux pour émouvoir.

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