À l’occasion du 50ème anniversaire des premiers pas de l’Homme sur la Lune, des images et des enregistrements audio inédits ont été exhumés des archives de la NASA. Dans le but de réaliser un film à la hauteur de l’exploit, Todd Douglas Miller a misé sur la dimension spectaculaire de l’opération. Dans Apollo 11, les événements sont narrés sans recul historique, comme si, à l’exception de quelques ellipses obligatoires (l’opération s’est étalée sur plusieurs jours, le film dure 1h33), l’alunissage avait lieu en direct. Pas non plus de commentaires de scientifiques ni de témoignage a posteriori : les extraits visuels et sonores d’époque, dépoussiérés et restaurés pour une projection en IMAX, constituent l’ensemble de cet exposé chronologique sous tension, minuteurs et time codes à l’appui, et permettent de se concentrer sur l’exécution d’actions précises en vue d’un aller-retour de la Terre à la Lune. Cette fidélité documentaire s’accompagne toutefois d’une profusion de points de vue et de pistes sonores qui contrastent avec la linéarité de la narration. Des extraits télévisuels et radiophoniques se joignent, en split screen ou en montage parallèle, aux images filmées par des caméras fixées sur la fusée géante Saturn V ou à celles enregistrées non loin du Centre Spatial Kennedy en Floride, où des milliers de spectateurs se sont installés pour être aux premières loges de l’Histoire.
Pourquoi l’événement est-il si propice à cet agencement colossal d’images et de sons ? Des plans montrant les caméras de télévision en train de filmer le décollage de la fusée laissent entrevoir un début de réponse : il ne s’agit pas seulement pour la NASA d’aller poser un pied sur la Lune, mais de se filmer en train de le faire. À son meilleur, Apollo 11 envisage l’alunissage comme une vaste mise en scène ayant pour objectif premier la production d’images, leur diffusion et leur visionnage. La singularité de cet énième film sur le sujet se cache peut-être là, dans les plis d’un spectacle dissimulant une obstination américaine pour la propagation en images de ses propres conquêtes. Armstrong, Collins et Aldrin apparaissent dès lors comme de nouveaux opérateurs, explorant l’espace à la recherche d’images inédites à capturer, tandis qu’à Houston, le centre d’opération devient une immense salle de montage et de distribution, fomentant l’opération et sa diffusion à l’international. Si l’envie de dévoiler certaines images d’archives encore inédites concourt parfois à l’accumulation boulimique, le film, en mettant en scène l’Amérique en train de tourner collectivement son plus grand spectacle, offre ainsi un contrepoint intéressant à l’intériorisation solitaire de l’exploit dans le récent First Man de Damien Chazelle.