Atlal
Atlal
    • Atlal
    • Algérie
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Djamel Kerkar
  • Scénario : Djamel Kerkar
  • Image : Djamel Kerkar, Bilel Madi
  • Son : Djamel Kerkar, Bilel Madi, Antoine Morin
  • Montage : Djamel Kerkar, Corentin Doucet
  • Producteur(s) : Jaber Debzi, Narimane Mari, Olivier Boischot, Michel Haas
  • Production : Centrale Electrique, Prolégomènes
  • Interprétation : Ammi Lakhdar, Ammi Rabah Lakhdar, Raouf Moundhir, Mohammed Abdou
  • Distributeur : Capricci Films
  • Date de sortie : 7 mars 2018
  • Durée : 1h50

Atlal

réalisé par Djamel Kerkar

Pour son premier long-métrage, récompensé au FID lors de son édition de 2016, Djamel Kerkar investit le village d’Ouled Allal, victime de cette décennie noire (1991-2002) qui jeta le peuple algérien entre les feux croisés des islamistes et de l’État. Atlal est porté par un double mouvement : d’un côté, répondre à l’urgence d’enregistrer, en temps réel, sans écriture préalable ni repérages, les vies de ces communautés abandonnées des pouvoirs publics ; de l’autre, prendre tout le temps nécessaire pour faire remonter une parole enfouie comme l’eau d’un puits asséché par la politique de la terre brûlée. Avec une extrême précaution, Kerkar commence par approcher les habitants dans leurs tâches quotidiennes, lesquelles alternent des travaux de maçonnerie effectués avec les moyens du bord et la destruction de vergers sans fruits, que le traumatisme a tétanisés, comme ceux qui les ont plantés.

Dix-sept ans après la « concorde civile » décrétée par Bouteflika, ces localités isolées de la Mitidja sont plongées en pleine déréliction, privées des services de base qui se font pourtant cruellement ressentir, la présence de l’État se résumant aux patrouilles d’une armée indifférente, voire fantomatique. Dans ce vacuum administratif, imams et mosquées remplissent une fonction structurante dans la vie de tous les jours. Les femmes, elles, sont délibérément laissées dans le hors-champ des foyers, domaine dont elles ont la prérogative. « Il aurait fallu faire un tout autre film, tourner en intérieurs, avec une autre équipe et un dispositif différent », a justifié le cinéaste lors d’une conférence de presse.

Progressant par cercles concentriques sur les ruines mêmes du hameau, Atlal guette avec une infinie patience (et un sens de la durée que d’aucuns jugeront excessif) les larmes qui finissent par irriguer les visages minéraux de ces hommes à l’évocation de l’humiliation, de la terreur et des disparitions qu’ils ont endurées année après année. Et pourtant, alors que le verrou des émotions finit par sauter chez les pères, ce sont les fils, nés en plein cauchemar, qui font fuser la nuit venue, sur fond de rap, une parole affranchie des non-dits, magnifique ordonnée de l’abscisse encore et toujours dévastatrice de la guerre civile. Pour qui sait ce qu’il en coûte de délier la langue des Algériens sur ce sujet tabou, Atlal comble le vide laissé par les images longtemps inexistantes d’un huis-clos à ciel ouvert. En l’absence d’un catalyseur dramaturgique et métaphorique aussi formidable que l’abattoir de Dans ma tête un rond-point, son impact paraîtra peut-être moindre que le documentaire choc d’Hassen Ferhani. Il n’en fera pas moins obstinément son chemin en nous, confirmant au passage l’éclatante vitalité du cinéma algérien.

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