Belle et Sébastien
Belle et Sébastien
    • Belle et Sébastien
    • France
    •  - 
    • 2013
  • Réalisation : Nicolas Vanier
  • Scénario : Nicolas Vanier, Juliette Sales, Fabien Suarez
  • d'après : les personnages Belle et Sébastien
  • de : Cécile Aubry
  • Image : Éric Guichard
  • Montage : Stéphanie Pedelacq, Raphaële Urtin
  • Musique : Armand Amar
  • Production : Radar Films, Épithète Films, Gaumont
  • Interprétation : Félix Bossuet (Sébastien), Tchéky Karyo (César), Margaux Chatelier (Angélina), Dimitri Storoge (Guillaume), Andreas Pietschmann (Lt Peter), Mehdi (André)
  • Distributeur : Gaumont
  • Date de sortie : 18 décembre 2013
  • Durée : 1h38
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Belle et Sébastien

réalisé par Nicolas Vanier

Dans la famille des projets qui fleurent bon la France d’antan, voici la transposition sur grand écran de la série Belle et Sébastien. Assez logiquement, c’est à Nicolas Vanier que la Gaumont a confié les rênes de cette adaptation : même s’il s’agit du premier tournage dans l’Hexagone pour ce touche­-à­-tout (explorateur, conférencier, écrivain et réalisateur), ses films précédents – cultivant des ambitions de documentaire-­spectacle avant de les diluer dans une candeur kitsch de téléfilm – faisaient de lui un candidat tout désigné pour essayer de dépoussiérer l’œuvre champêtre de Cécile Aubry. Sauf que Vanier préfère ne pas s’aventurer dans une modernisation de ces historiettes et réussit même à livrer une copie encore plus ringarde que l’originale.

Dramaturgie sous serre

Tout animé qu’il clame l’être par la question écologique, le Nicolas Vanier en costume de cinéaste a souvent tendance à se débiner en s’intéressant davantage au paysage qu’à l’écosystème – à l’image­ poster qu’aux enjeux environnementaux. Dans une certaine mesure, Belle et Sébastien lui offrait une occasion idéale pour inverser cette tendance en s’interrogeant sur l’évolution des territoires montagneux français et voir comment l’esprit d’aventure qui animait la série pouvait encore s’y épanouir aujourd’hui. Mais, au lieu de confronter l’argument original (les équipées alpestres d’un orphelin et d’une chienne) à l’ère de la fonte des glaciers et des villages bétonnés en stations de ski, le réalisateur a choisi de ne pas « montrer la montagne telle qu’elle est devenue » et fait même marche arrière en situant son intrigue pendant la Seconde Guerre mondiale – là où la série se déroulait vraisemblablement à l’époque de sa diffusion dans les années 1960. Vanier appelle cela « un parti­-pris esthétique » ; on pourra considérer qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’une démission. Surtout, en dissolvant la question écologique dans un passéisme peu inspiré, l’ancien explorateur – bien qu’il soit attiré par les grands espaces ouverts – donne l’impression de cultiver une dramaturgie sous serre : tout ce qui s’y joue (plutôt mal d’ailleurs, mention spéciale à la direction d’acteurs indigente) est condamné à rester isolé, sans conséquence sur quoi que ce soit.

Authentique en toc

Pris dans les rets d’un folklore bon marché, Belle et Sébastien s’avère plus proche d’une publicité hors de prix pour les Alpes françaises que d’un film d’aventure. Complètement à côté de la plaque dans les scènes supposées mettre en avant les exploits du tandem éponyme (notamment lors de la poursuite finale à travers les glaciers, lorsque la chienne, bien qu’absolument passive, voire encombrante, est désignée comme l’héroïne), la réalisation passe le reste du temps à accumuler les poncifs sur l’Occupation et la vie d’un petit village alpin à cette époque. C’est que, en plein délire bovaryste, Nicolas Vanier ne fait pas du cinéma, il se fait son cinéma : de l’apologie du mode de vie des montagnards – bourrus mais si charmants dans le fond – à l’officier allemand qui en pince pour la jeune boulangère, tout sonne aussi creux que faux. À cet égard, la scène montrant le reflet de Belle et Sébastien dans l’eau d’un lac se révèle être parfaitement emblématique : on ne trouvera rien d’autre dans les paysages du film qu’une belle montagne de clichés et de motifs déjà vus mille fois.

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