Le Bonhomme de neige
© Universal Pictures / Jack English
Le Bonhomme de neige
    • Le Bonhomme de neige
    • (The Snowman)
    • Angleterre, États-Unis, Suède
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Tomas Alfredson
  • Scénario : Hossein Amini, Peter Straughan, Søren Sveistrup
  • d'après : le roman Le Bonhomme de neige
  • de : Jo Nesbø
  • Image : Dion Beebe
  • Décors : Maria Djurkovic
  • Costumes : Julian Day
  • Montage : Claire Simpson, Thelma Schoonmaker
  • Musique : Macro Beltrami
  • Producteur(s) : Tim Bevan, Eric Fellner, Peter Gustafsson, Robyn Slovo
  • Production : Perfect World Pictures, Working Title Films, Another Park Film
  • Interprétation : Michael Fassbender (Harry Hole), Rebecca Ferguson (Katrine Bratt), Charlotte Gainsbourg (Rakel Fauke), Val Kilmer (Gert Rafto), J.K. Simmons (Arve Støp), Chloë Sevigny (Sylvia / Ane)...
  • Distributeur : Universal Pictures International France
  • Date de sortie : 29 novembre 2017
  • Durée : 1h59

Le Bonhomme de neige

The Snowman

réalisé par Tomas Alfredson

Comment réussir un film à partir d’un scénario de roman de gare ? Si Tomas Alfredson s’est plaint des conditions de production du Bonhomme de neige (selon ses dires, il n’aurait pas eu le temps de tourner toutes les scènes prévues), le film tombe dans un écueil qui nuance l’hypothèse d’une catastrophe industrielle où le réalisateur n’aurait qu’une responsabilité subalterne. Car le long-métrage ne cesse d’épouser une logique de redoublement : redoublement faussement pédagogue (comme l’intrigue est tortueuse, le montage relie lourdement les points de la toile) mais aussi redoublement des scènes explicatives – le film commence d’ailleurs par un prologue qui donne clé en main, sans une once de mystère, l’origine des meurtres. Au fond, la faiblesse du récit ne joue qu’une part accessoire dans l’échec de l’entreprise : l’intrigue a beau être convenue (un serial killer joue au chat et à la souris avec un flic alcoolique) et inutilement tarabiscotée (alors même que l’identité du meurtrier se devine aisément à mi-parcours), l’erreur du réalisateur est de prendre au premier degré la matière narrative tout en maintenant à distance son potentiel abstrait. Contrairement par exemple à Seven (devant Le Bonhomme de neige, difficile de ne pas penser au cinéma de Fincher), Alfredson ne filme guère la bizarrerie inhérente du processus meurtrier – les fétiches intégrés au rituel criminel (ici, les fameux bonhommes de neige que l’assassin laisse derrière ses cadavres, gimmick mal exploité) – et n’appréhende pas non plus avec recul la logique aberrante qui dicte le meurtre (encore une fois, tout est révélé dès la première scène puis surligné par la suite).

Alors, quel chemin aurait permis au film de dépasser de tels handicaps ? Plutôt qu’une mise en scène qui se soumet au scénario ou, cas contraire, tente d’aller « contre » lui, Le Bonhomme de neige aurait gagné à emprunter une troisième voie : creuser un film B se superposant au film A. Dans cette perspective, les pistes ne manquaient pas pour emmener le long-métrage quelque part : les enfants qui peuplent le récit, le cadre même de l’intrigue (des paysages neigeux et des décors désertiques), ou, à nouveau, l’étrangeté des crimes – dont Alfredson tire un seul plan à peu près potable, celui d’une silhouette sanglante recouverte de mouettes affamées. Or, le metteur en scène trace plutôt un film A’, qui non seulement ne donne pas une profondeur supplémentaire au défilé des scènes mais en plus n’exploite pas véritablement ce que le récit avait à offrir (une plongée dédalique dans un feuilleté temporel ou, au moins, un petit polar tendu autour des crimes qui ponctuent la narration). Finalement, la faiblesse du film s’explique moins par ses excès que par ce qui lui manque : simplement, un regard de cinéaste.