Bonhomme
Bonhomme
    • Bonhomme
    • France
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Marion Vernoux
  • Scénario : Marion Vernoux, Grégoire Vigneron, Christophe Duchatelet, Romain Compingt, Fanny Chesnel, Marie Weinberger, Emmanuel Dupont
  • Image : David Chambille
  • Décors : Toma Baqueni
  • Costumes : Jürgen Doering, Laure Villemer
  • Son : Michel Casang, Élisabeth Paquotte, Émeline Aldeguer, Dominique Gaborieau
  • Montage : Riwanon Le Beller
  • Musique : Dan Levy
  • Producteur(s) : François Kraus, Denis Pineau-Valencienne
  • Production : Les Films du Kiosque
  • Interprétation : Nicolas Duvauchelle (Piotr), Ana Girardot (Marilyn), Béatrice Dalle (Annick), François Rollin (Dr Bensoussan), Vanessa Guide (Mélissa), Jisca Kalvanda (Caro), Sébastien Houbani (Kevin), Alex Skarbek (Bogdan)
  • Distributeur : Orange Studio Cinéma / UGC Distribution
  • Date de sortie : 29 août 2018
  • Durée : 1h43

Bonhomme

réalisé par Marion Vernoux

Le huitième long-métrage de Marion Vernoux commence sous les auspices du drame intimiste et réaliste comme le cinéma français aime en produire à la pelle : Marilyn (Ana Girardot), jeune femme aussi séduisante que spontanée, provoque un accident de voiture qui plonge son petit ami, Piotr (Nicolas Duvauchelle), dans le coma. À son réveil, ce dernier apparaît diminué : sujet à de graves pertes de mémoire – il lui faut reconstituer peu à peu toutes les pièces du puzzle –, il a également perdu toute notion de gêne et de bienséance. Réduit à sa libido décuplée, il se transforme régulièrement en animal en rut, prêt à sauter sur tout ce qui bouge. Acculée par les dettes, la petite amie voit dans cette déviance l’opportunité de renflouer les caisses en le prostituant auprès des femmes esseulées du quartier, et ainsi se préserver de la belle-mère possessive. Personnage le moins inintéressant de ce scénario fort mal écrit, Marilyn a des intentions troubles : alors qu’elle fait d’abord preuve d’une empathie limitée pour le drame vécu par Piotr – elle est même à plusieurs reprises gênée par la pression sociale qui exige d’elle d’aller le veiller –, rien ne vient expliquer son obstination à vouloir le garder auprès d’elle. Dans leur quotidien, la force des sentiments qui les unissent ne transparaît qu’à de rares reprises, étouffée par la mise en place d’une logistique fastidieuse qui s’organise autour de détails triviaux. Mais cette ambiguïté finit par rapidement échapper à la réalisatrice qui préfère se concentrer sur les excès de Piotr, vite réduit à la vigueur de son entrejambe.

Ricanements beaufs

De ce côté, il y avait beaucoup à faire : mettre en scène un personnage dépourvu de filtre quant à ses pulsions sexuelles aurait pu offrir un écho intéressant au discours hypocrite de nos sociétés sur l’expression de la sexualité. Seulement, Bonhomme est incapable de s’élever au niveau espéré, réduisant les penchants de Piotr à un argument comique d’une tristesse et d’une pauvreté affligeantes. Pur objet de désir, limité à la bonne tenue de ses érections, il n’inspire à la réalisatrice aucune forme de compassion : sa mémoire partiellement envolée, la perte de ses repères affectifs et son incapacité à être pleinement autonome ne permettent jamais au film d’élargir son horizon, ici limité à une accumulation de petits ajouts scénaristiques et de personnages stéréotypés sans grand intérêt. On pourrait s’interroger sur l’existence et la réception d’un tel objet si les rôles avaient été inversés (une femme au regard vitreux réduite à l’expression pure de sa libido, mise sur le trottoir par son petit ami fauché). On nous objecterait justement que le but est de retourner le rapport de forces et de laisser pour une fois les femmes prendre le pouvoir dans l’affirmation de leurs besoins sexuels. Pour cela, encore aurait-il fallu que le film dépasse la blague potache et qu’il ne limite pas les entrevues sexuelles à de simples coïts : pour conclure, il suffira de se remémorer le dialogue du personnage joué par Béatrice Dalle lorsqu’elle tente de déculpabiliser sa proxénète de fille – « tu n’as rien à te reprocher, tu as rendu service à ces femmes en les faisant se sentir moins laides et moins vieilles » – pour ne voir en Bonhomme que la triste expression d’une vulgaire misogynie.

Réagir