Après neuf ans de silence cinématographique, Marion Vernoux nous était revenue en 2013 avec Les Beaux Jours, un film honnête et plutôt délicat alors que son sujet – une relation adultérine entre une sexagénaire et un homme beaucoup plus jeune – avait de quoi laisser craindre le pire. On était alors tenté d’accorder à Et ta sœur le bénéfice du doute et ce, malgré un titre absolument ringard et un casting moyennement inspirant. Pourtant, en dépit de quelques très courts moments de grâce où la réalisatrice parvient encore à capter le spleen de ses personnages, le film est un ratage dans les grandes largeurs : la faute à un scénario mal fichu, des dialogues aussi explicatifs que lourdingues et des acteurs qui, faute d’avoir vraiment quelque chose à jouer, surinvestissent leurs personnages au point d’en faire ressortir toutes les faiblesses d’écriture. Autant dire qu’il n’y a malheureusement pas grand-chose à sauver de cette farce dramatique, pas même le discours du film qui se voudrait un peu progressiste – en proposant une nouvelle définition des normes familiales – et qui reproduit involontairement des idées un peu ringardes sur l’approche de la féminité. Souhaitant probablement proposer un film générationnel, Marion Vernoux a donc tout faux en donnant l’impression qu’elle n’avait finalement pas de sujet à traiter.
Drôle d’endroit pour une rencontre
Pierrick (Grégoire Ludig), un trentenaire dépressif depuis la mort accidentelle de son frère, se voit proposer par Tessa (Géraldine Nakache), sa meilleure amie, la possibilité d’aller se ressourcer dans sa maison de campagne familiale. Sur place, le jeune homme tombe sur Marie (Virginie Efira), la charmante demi-sœur de Tessa, qu’il entreprend rapidement de séduire après quelques verres d’alcool que les deux acolytes se sont ingurgités pour oublier leurs peines respectives. La situation de départ nous met donc déjà en terrain connu : faites cohabiter deux âmes esseulées que rien ne rapproche et observez ce qu’il se passe. Sauf que le scénario, adapté du film Ma meilleure amie, sa sœur et moi de Lynn Shelton, croit faire preuve d’originalité en y intégrant des ingrédients inattendus : Marie est lesbienne et Tessa, débarquant à l’improviste également, secrètement amoureuse de Pierrick. On imagine aisément l’imbroglio dans lequel les trois personnages vont s’enfoncer, prisonniers de cette maison isolée sur une petite île battue par la pluie et les vents. Ce sera pour eux, notamment les deux sœurs (l’exploration du personnage masculin et le deuil qu’il transporte avec lui n’allant pas plus loin que le prétexte scénaristique), l’occasion de mettre cartes sur table et de régler quelques vieux litiges. Mais autant dire que l’ambition de Vernoux n’est clairement pas de rendre hommage aux films de Bergman.
Tout le monde est tout seul
Là où le scénario se rate d’emblée, c’est dans son obstination à construire sa dynamique en opposant systématiquement les deux sœurs : d’un côté, la blonde, séductrice, mordante et un peu cassante ; de l’autre, la brune, complexée et s’excusant de tout, allant même jusqu’à dire que le fait que sa sœur soit lesbienne fut pour elle la seule chance d’exister auprès des garçons. Pris entre deux, Pierrick (et le spectateur) assiste donc à ce match de pingpong un peu forcé où chaque situation est propice à un dérapage contrôlé. L’artifice des dialogues atteint son paroxysme lorsque les deux jeunes femmes se confrontent à la divergence de leurs souvenirs familiaux : mais plutôt que de susciter le trouble et montrer à quel point chacun reste prisonnier d’une subjectivité parfois toxique, Et ta sœur égrène les lieux communs sur l’affirmation de soi comme dans un mauvais magazine féminin. Ce qui transpire du regard de Marion Vernoux sur ses personnages, c’est qu’elle ne les aime pas beaucoup, ne leur donnant pas souvent l’occasion de s’affranchir du petit égoïsme qui les caractérise et qui n’intéresse pas beaucoup le spectateur. La succession de pirouettes scénaristiques tout autant moins crédibles les unes que les autres ne font qu’achever le naufrage de l’entreprise : en somme, Et ta sœur est un coup pour rien.