Capitaine Morten et la Reine des araignées
® 2018 Nukufilm - Telegael - GRID Animation - Calon
Capitaine Morten et la Reine des araignées
    • Capitaine Morten et la Reine des araignées
    • (Morten Lollide Laeval)
    • Estonie, Irlande, Belgique, Royaume-Uni
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Kaspar Jancis, Henry Nicholson, Riho Unt
  • Scénario : Mike Horelick, Kaspar Jancis, Robin Lyons, Andrew Offiler, Paul Risacher
  • Image : Ragnar Neljandi
  • Montage : Keith Ó Gairbhín, Kaspar Jancis
  • Musique : Pierre Yves Drapeau, Fanfare Pourpour
  • Production : Nukufilm, Telegael, GRID Animation, Calon
  • Interprétation : (voix françaises :) Zélie Chalvignac (Morten), Maxime Pacaud (Cap. Vix, le père de Morten), Anne Le Guernec (Anna / Annabelle la reine araignée), Madeleine Beaufrand (Elisabeth / Elisa la chenille), Richard Doust (M. Stinger / Cap. Stinger le scorpion), Loïc Guincamp (Philippe / Felix la sauterelle), Milan Morotti (M. Cucaracha le magicien), Martin Larde et Eric Hoffmann (Zagfried et Zigfried / Zag et Zig les guêpes), Céline Laurent (Mathilde / Tilda la coccinelle), Vincent Nalesso (la luciole)...
  • Distributeur : Septième Factory
  • Date de sortie : 15 août 2018
  • Durée : 1h16

Capitaine Morten et la Reine des araignées

Morten Lollide Laeval

Moins connu que des institutions comme Aardman ou Laika, Nukufilm, d’Estonie, est pourtant le plus ancien studio d’animation en stop-motion encore en activité. Après soixante ans d’existence où il a produit essentiellement du court-métrage, voici qu’arrive dans les salles françaises un long de leur cru, Capitaine Morten et la Reine des araignées, adaptation d’un livre pour enfants par son auteur Kaspar Jancis. L’argument est familier : un enfant se voit propulsé dans son propre imaginaire (revoir L’Histoire sans fin, Last Action Hero, etc.). Le petit Morten, que son père, capitaine au long cours fauché, a laissé à la garde d’un triste couple, s’invente des aventures marines au moyen d’une chaussure transformée en bateau de fortune où il enferme quelques insectes. Or, à la suite d’une fâcheuse rencontre, il se retrouve miniaturisé et jeté à bord de son propre « vaisseau » voguant dans la maison (inondée à la suite d’une fuite d’eau !), avec pour équipage les insectes dominés par une redoutable reine araignée. Que ces événements lui arrivent vraiment ou qu’il en rêve, l’ambiguïté demeure : même les créatures qui l’accompagnent dans ces aventures fantastiques apparaissent comme des projections des personnages de sa réalité de garçon solitaire (la reine araignée ayant le visage de sa sinistre tutrice, par exemple).

Le charme opère essentiellement dans la partie centrale du film, celle de l’aventure sur l’eau où se synthétise la coexistence de l’imaginaire et du réel du garçon. Outre les visages humanoïdes et familiers des insectes, cela tient aussi à travers la superposition constante, dans le cadre, des deux échelles des univers de tailles humaine et d’insecte. Que la caméra se place à l’échelle des petits personnages, et l’on distingue en arrière-plan les signes que l’environnement où ils s’affrontent, sur un mode toujours ludique malgré le danger (avec des objets insolites tels que ce gramophone qui transforme des personnages en beignets à consommer !), fait partie d’un univers aux contours titanesques. Qu’elle s’élève à l’échelle de la maison, et l’on contemple la fragilité des mêmes personnages dans une réalité d’objets banals mais prêts à les balayer. Entre le très grand et le très petit, le réaliste et le fantastique, le tout passé par le filtre de l’animation de matière (marionnettes et décors filmés image par image), le regard du spectateur jouit d’un spectacle comparable à un grand coffre à jouets s’animant dans la même pièce que lui. Le charme, cependant, serait sans mélange si la nécessité de faire de ce spectacle un long-métrage ne lui imposait de gênants handicaps de scénario. Soit, au début du film, une mise en place un peu laborieuse (celle qui fait coïncider l’inondation de la maison et le rapetissement du héros), mais surtout, à la fin, un longuet et fastidieux retour aux affaires du réel qui, pour mener à un happy-end prometteur de nouvelles aventures à taille d’enfant, n’en dilue pas moins le charme de l’échappée à taille de fourmi, auquel on préférerait retourner.

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