Avec Cartes postales de Leningrad, son deuxième long métrage récompensé par le Grand Prix du festival des Cinémas d’Amérique latine de Biarritz, la cinéaste Mariana Rondón nous fait revivre la guérilla vénézuelienne des années 1960 qui s’insurgeait contre la politique réformiste du président Betancourt. Sous le regard naïf des deux jeunes protagonistes, ces événements tragiques prennent une tournure surréaliste.
Une jeune guerillera, qui souhaitait accoucher dans la clandestinité, fit la une des journaux pour avoir donné naissance la première en ce jour des mères, à une petite fille. S’ensuit alors, pour échapper aux autorités, un jeu de déguisement, de falsification d’identité, créateur d’une étonnante mythologie. La narratrice, la petite Marcela, raconte ainsi les aventures de sa mère combattante au sein du Front Armé de Libération Nationale tandis que son cousin Teo guette avec avidité le retour d’un oncle au village. La vie héroïque de ces révolutionnaires renaît avec originalité grâce à l’imagination enfantine nourrie par les exotiques cartes postales de Léningrad qu’ils croient recevoir de leurs parents. Cette correspondance fictive véhicule pour les jeunes destinataires l’image d’un ailleurs fantasmé qui se heurte à la trivialité du quotidien.
La réalisatrice construit un univers très personnel pour raconter le destin de ces héros oubliés et se réapproprier un fameux épisode de l’histoire de son pays, qu’elle n’a pas vécu mais dont elle a été imprégnée par les témoignages de ses proches. Comme pour attester de la véracité des faits, le récit est constellé de faux films d’archives qui, par leur facture, semblent être tournés en 16mm. Comme dans le documentaire de Robert Kramer FALN, les protagonistes sont filmés entre eux de l’intérieur, ce qui nous permet de faire leur connaissance et de comprendre les liens qui les unissent. Ces reconstitutions rendent ces héros plus humains, dévoilant leurs peurs et leurs failles, mais ajoutant également une touche d’artificialité à cette fiction qui semble mêler les genres pour pallier les faiblesses scénaristiques.
Cependant, Mariana Rondón joue avec bonheur des antagonismes formels. À ce souci de réalisme s’oppose une vision fantasmagorique des événements, mise en scène par l’intrusion de séquences animées. Les cartes postales prennent vie et s’animent, la 2D se mêle à la 3D, le trait du crayon vient contaminer la surface de la pellicule. La fantaisie créatrice des bambins s’exprime alors par des dessins exagérément naïfs. La réalisatrice s’inspire volontiers de l’esthétique pop : les tâches de sang, par exemple, lors de la fusillade du braquage se métamorphosent en grosses marguerites. Cette imagerie kitsch issue de la publicité et des clips insuffle un souffle d’innocence au drame pur. Mais la violence et la peur ne sont pas occultées pour autant. Elles sont bien là, sous-jacentes, prêtes à surgir à chaque instant.
À travers une galerie de personnages hauts en couleurs – un garçon inventif, des parents rebelles et une grand-mère attachante qui perd la tête – Mariana Rondón transmet une histoire sensible du FALN.