© Malavida
Cendres et Diamant

Cendres et Diamant

de Andrzej Wajda

  • Cendres et Diamant
  • (Popiól i diament)

  • Pologne1958
  • Réalisation : Andrzej Wajda
  • Scénario : Andrzej Wajda et Jerzy Andrzejewski
  • d'après : l'oeuvre
  • de : Jerzy Andrzejewski
  • Image : Jerzy Wójcik
  • Décors : Roman Mann
  • Costumes : Katarzyna Chodorowicz
  • Montage : Halina Nawrocka
  • Musique : Filip Nowak
  • Production : Zespół Filmowy Kadr
  • Interprétation : Zbigniew Cybulski (Maciek), Bogumil Kobiela (Drewnowski), Adam Pawlikowski (Andrzej), Waclaw Zastrzezynski (Szczuka)...
  • Distributeur : Malavida
  • Date de sortie : 3 juillet 2019
  • Durée : 1h39

Cendres et Diamant

de Andrzej Wajda

Ronde figée


Ronde figée

Cendres et diamants (1958) d’Andrzej Wajda ressort en salle accompagné par Malavida et sera suivi fin octobre de Kanal (1957), le deuxième film de la « trilogie de la guerre » que le cinéaste a consacré à la jeunesse engagée de l’époque. Là où Génération (1955) suit l’origine de leur engagement et leurs premiers pas dans des groupes résistants, Kanal relate les derniers mouvements d’un groupe de l’armée clandestine polonaise pendant l’insurrection. Enfin, Cendres et Diamant regarde cette génération abattue par le conflit plonger lentement dans une perte de sens.

Le 8 mai 1945, l’Allemagne capitule. Le soir, on fête l’armistice. En Pologne, le conflit continue néanmoins en interne, entre les communistes et les nationalistes, qui tentent de libérer le pays de la nouvelle emprise soviétique. Maciek, étudiant de Varsovie engagé dans un groupe de résistants nationalistes, et son camarade Andrzej se trouvent ce jour-là dans une petite ville du pays avec pour ordre d’assassiner le nouveau secrétaire du parti communiste local, Szczuka. Ils manquent toutefois leur cible et tuent par erreur deux innocents. Ils se rendent alors dans l’hôtel de la ville où Szczuka s’installe pour rectifier le tir et achever leur mission. Le film se déroule sur la soirée et la nuit dans l’hôtel, animée par les polonais en liesse célébrant la victoire. Mais la gaieté semble faire illusion et une incertitude grandissante se fait sentir dans les couloirs. Le désarroi contamine peu à peu l’ensemble des personnages tiraillés entre leur passé et ce qui les attend alors qu’ils sont confinés dans cet hôtel où tout finit par tourner en rond (la lente ronde finale, dont l’étrangeté et la mélancolie l’emportent sur le caractère festif). Wajda insiste sur la circulation et leurs présences qui se mêlent dans ce refuge central en jouant sur la profondeur de champ. Les personnages se croisent, sont liés par les espaces où leurs récits et leurs parcours cohabitent autant qu’ils se répondent. Des diagonales se forment dans les cadres composés par le cinéaste, qui mène une chorégraphie des corps et révèle une géographie des liens.

Dans cette toile qui se tisse, les personnages de Szczuka et de Maciek évoluent en miroir. Leur engagement est également sincère, tandis que leur sens de la camaraderie les anime autant que leur désir de justice. La jeunesse de Szczuka, liée à la guerre d’Espagne, ouvre sur une évocation des camarades tombés qui éclaire sur son engagement inconditionnel. Plus tôt, Maciek met quant à lui le feu à des fonds de vodka qu’il associe aux âmes de ses camarades morts pendant la guerre. « Tous morts mais la vie était géniale ». Si la guerre laisse de fait les cœurs en ruines, le film rassemble et oppose pourtant des personnes justes, animées par des sentiments semblables.«Comment trouver le diamant étincelant sous les cendres ?» D’une erreur funeste (le meurtre des deux hommes en ouverture du film) à l’autre, Maciek tente, le temps d’une nuit, de s’extirper du doute, de vivre pleinement une dernière fois, de se projeter dans une vie lumineuse. La jeunesse qu’incarnent Maciek et Krystyna est toutefois perdue, désemparée, sans attache, et incapable de passer la nuit pour repartir vers la lumière.

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