Cha Cha Cha

Cha Cha Cha

de Marco Risi

  • Cha Cha Cha

  • Italie2013
  • Réalisation : Marco Risi
  • Scénario : Jim Carrington, Andrea Purgatori, Marco Risi
  • Image : Marco Onorato
  • Montage : Clelio Benevento
  • Musique : Marco I. Benevento
  • Producteur(s) : Angelo Barbagallo, Fabio Conversi
  • Production : BiBi Film, Babe Films
  • Interprétation : Luca Argentero (Corso), Eva Herzigová (Michelle), Claudio Amendola (Torre), Pippo Delbono (l'avocat Argento), Pietro Ragusa (Muschio), Bebo Storti (Massa), Marco Leonardi (le photographe), Jan Tarnovskiy (Tommaso), Rodolfo Corsato (Carbone)...
  • Distributeur : Bellissima Films
  • Date de sortie : 7 août 2013
  • Durée : 1h35

Cha Cha Cha

de Marco Risi

Toc, toc, toc


Toc, toc, toc

Passé le prologue prometteur montrant un cadavre flairé par des chiens dans un terrain vague, comptez dix secondes : c’est à peu près le temps qu’il faut au nouveau film de Marco Risi (Fortapàsc) pour perdre toute crédibilité de manière irréversible. Cela comprend : 1°) la présentation d’un beau brun ténébreux jouant au privé des années 1940, affichant la moue désabusée de rigueur, craquant une allumette sur le rebord d’une table pour allumer sa cigarette ; 2°) l’apparition subséquente d’un ersatz de blonde fatale plus inspiré des pages de Point de vue que des beautés de film noir dont il prétend invoquer l’icône ; 3°) l’évidence que tout ceci n’a rien d’un pastiche, mais se prend très au sérieux. Cha Cha Cha prétend donc ressusciter dans le cadre de l’Italie contemporaine le film noir à l’ancienne, celui directement tiré de la littérature hard-boiled, avec tous les lieux communs associés. Notre privé est évidemment un brave type un peu minable mais intègre, en délicatesse avec ses anciens collègues de la police, vivant dans son grand appartement avec pour seule compagnie son chien à trois pattes (comme si son statut de mouton à cinq pattes social n’était pas suffisamment clair sans cette métaphore). Et pour les beaux yeux de la plante blonde, qui se trouve être son ex-amante désormais mariée à un avocat véreux, il va persister, malgré les vicissitudes, à enquêter sur un accident douteux pour découvrir un écheveau mêlant trafic de drogue, chantage, magouilles immobilières et meurtres, le tout avec un doux fumet — dans l’air du temps — de corruption à l’échelle de la société.

Cha Cha Cha déploie toute son énergie à courir après les ornements d’un genre cinématographique dont il voudrait se vêtir, mais qu’il est incapable d’habiter. Le fait qu’il tienne sur un ramassis de clichés n’est même pas le vrai problème. Cette foire aux signes extérieurs d’hommage d’aficionado serait moins consternante si seulement les auteurs faisaient mine d’y croire un peu, d’en mesurer la pertinence dans le contexte où ils transposent ces codes, d’en pressentir le rapport au réel (puisque même le film noir hollywoodien n’a jamais manqué de se nourrir de son actualité). Or si, comme nous l’avons dit plus haut, le film se prend très au sérieux, il ne prend rien de ce qu’il met en jeu au sérieux. Aussi sèchement appliqués qu’un rire enregistré dans une sitcom, les clichés restent exclusivement ce qu’ils sont, des clichés si satisfaits d’eux-mêmes qu’ils ne cherchent ni ne trouvent jamais — dans le scénario paresseux, la réalisation toute en platitude télévisuelle et les acteurs pas franchement dirigés — la nuance qui pourrait les rendre crédibles. Qu’il s’agisse de cet enquêteur marginal, de son désenchantement face au monde qu’il arpente ou de l’idéalisme qu’il finit par lâcher vers la fin, d’une corruption où même les flics ripoux peuvent accomplir les basses besognes de l’État, de la moindre trace d’émotion, rien de tout cela n’est voué à traverser l’écran pour toucher les sens et l’esprit, pour convaincre que cette enfilade désarticulée d’éléments narratifs raconterait véritablement quelque chose. Pour ne rien arranger, les auteurs n’ont visiblement même pas compris les codes du film noir qu’ils reproduisent en mode automatique. Qu’on en juge par ce personnage féminin censé évoquer la séduction hollywoodienne de jadis, mais dont seule la plastique semble avoir intéressé ceux qui l’ont écrit (ainsi que le mannequin Eva Herzigová qui ne nous propose qu’une pose glacée en guise d’interprétation du rôle). Dépourvue de la moindre trace du trouble érotique que les aînées véhiculaient sans effort apparent, la femme n’est ici que pour occuper l’espace d’un glamour surfait et fournir le prétexte à une charge émotionnelle convenue, potiche d’un film tout en postiches qui n’a décidément à vendre que le souvenir du genre dont il invoque les mânes en pure perte. Déférence sans conscience n’est que ruine de l’âme.

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