Chalvet, la conquête de la dignité

Chalvet, la conquête de la dignité

de Camille Mauduech

  • Chalvet, la conquête de la dignité

  • France2013
  • Réalisation : Camille Mauduech
  • Image : Sébastien Naar
  • Son : Kamal Ouazène, Williams Schmit
  • Montage : Bénédicte Teiger
  • Producteur(s) : Ludovic Naar
  • Production : Les Films du Marigot
  • Distributeur : Les Films du Marigot
  • Date de sortie : 19 mars 2014
  • Durée : 1h50

Chalvet, la conquête de la dignité

de Camille Mauduech

Les engagés


Les engagés

Déjà dans « La Martinique aux Martiniquais » – L’Affaire de l’OJAM, sorti en 2012, la documentariste Camille Mauduech était parvenue à restituer la complexité des enjeux posés par les mouvements indépendantistes martiniquais. Avec Chalvet, la conquête de la dignité, elle poursuit son travail de déconstruction de la mémoire collective pour mettre subtilement en exergue les échecs d’une assimilation idéalisée qui n’a jamais cessé de tourner le dos au réel problème identitaire des Antilles françaises. Elle se penche cette fois-ci sur l’un des moments douloureux de l’histoire sociale de l’île : les grèves de 1974, au cours desquelles les ouvriers agricoles travaillant dans les plantations de bananes ont revendiqué tant bien que mal un salaire minimum équivalent à celui pratiqué en métropole. Et la réalisatrice de rappeler que, loin des clichés édéniques que l’on pourrait se faire de la Martinique, le coût de la vie y a toujours été très élevé, rendant les populations locales particulièrement vulnérables aux fluctuations du marché, comme lors du choc pétrolier de 1972.

La règle et le territoire

Par le truchement d’images d’archives qui rappellent les conditions de travail passées, le documentaire parvient à faire de la Martinique une terre marquée par les inégalités, mettant en échec un présent qui n’est jamais parvenu à neutraliser le poids d’injustices trouvant leurs racines dans le colonialisme et l’esclavagisme. C’est là toute la dichotomie de cette île qui semble ne pas en avoir fini de cette cohabitation heurtée face à un modèle métropolitain vendu sans nuance. En nous replongeant en pleine année 1974, la réalisatrice parvient à rendre compte de cette force vive qui animait les mouvements politiques d’alors, influencés notamment par le trotskysme. Si, pour les non-Martiniquais, le rappel des faits (notamment au travers des témoignages) manque parfois d’explications au risque de perdre le spectateur en cours de route (des lieux qui ne sont pas toujours identifiés comme tels, des mots de vocabulaire propres à la culture de la banane), il est difficile de rester insensible à l’ambition de la réalisatrice de restituer avec le plus de précision possible le contexte d’alors.

Mémoires collectives

Logiquement, Chalvet, la conquête de la dignité donne longuement la parole aux acteurs de l’époque : ouvrières, exploitants, militants, chacun s’engage dans une lecture rétrospective des enjeux sociopolitiques du début des années 1970. Malgré les quarante années qui nous séparent des événements, les souvenirs semblent particulièrement vivaces pour chacun d’entre eux : c’est dire aussi qu’il en va d’une mémoire collective, d’un mouvement qui n’avait rien d’utopiste dans la mesure où il devait corriger des aberrations d’un autre âge permettant aux ouvriers martiniquais d’accéder à une considération que la loi républicaine aurait dû leur accorder depuis longtemps. En mettant l’humain au cœur de son dispositif, Camille Mauduech évite les pièges de l’exposé aride tout en ne dispensant pas son propos d’une rigueur historique. Les intervenants (ils sont nombreux et il ne faut pas perdre le fil) semblent se répondre les uns aux autres et constituent tous ensemble un panorama particulièrement émouvant de cet engagement qui s’est parfois fait au prix de la vie de quelques militants.

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