Chelli s’est toujours occupée de sa sœur Gabby, handicapée mentale. Lorsque les services sociaux l’obligent à la placer dans un institut de jour, c’est à contre-cœur qu’elle la laisse partir alors que sa vie sociale et amoureuse en pâtit depuis longtemps. Zohar, professeur de gymnastique dans le lycée dans lequel Chelli travaille, entre alors dans sa vie, dans la leur. Car il faut se faire une place entre les deux sœurs, entre la dépendance et l’amour puissant qu’elles entretiennent, et ce n’est pas chose facile.
Près d’elle
Monteur émérite (de Keren Yedaya notamment) et auteur de plusieurs courts métrages dont Death of Shula présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2007, Asaf Korman tourne ici son premier long métrage. Fort heureusement, le réalisateur n’a pas choisi de se centrer sur le handicap de Gabby – un sujet déjà bien exploité au cinéma – mais plutôt sur le dévouement extrême et (auto)destructeur de sa sœur : sujet plus rare que le titre français choisit de mettre en avant avec son titre éponyme alors que le titre original (à traduire par « près d’elle ») joue sur l’ambiguïté de la dépendance entre les deux sœurs.
Il faut d’emblée saluer la performance de tous les acteurs qui portent le film dont le scénario est parfois un peu bancal. Construit en deux temps, il illustre dans une première partie la relation entre les deux sœurs, aussi bien d’un point de vue émotionnel que dans son quotidien bien rôdé, entre crises et moments complices. Korman dépeint ainsi, mais de façon assez laborieuse et appuyée, la dépendance mutuelle, presque incestueuse, qui s’est installée entre les deux sœurs dans un intense huis clos. Car si Gabby a besoin de Chelli pour se laver, s’habiller et se nourrir, Chelli a tout autant besoin de Gabby pour se sentir utile, pour se sentir vivre. Chelli étouffe sa sœur de son constant amour comme le témoignent les plans à répétition de leurs deux corps occupant pleinement le cadre, enlacées comme deux amantes dans le lit ou dans le bain qu’elles prennent encore ensemble.
Sérénade à trois ?
Le film se déploie surtout dans sa deuxième partie lorsque l’entrée en scène du personnage de Zohar vient bouleverser leur routine bien réglée. Trop absorbée par la lourde charge dont elle dépend, Chelli ne réussit pas à se laisser porter par l’amour de Zohar, bienveillant envers Gabby mais inquiet envers leur relation qu’il devine malsaine. Korman les filme au plus près de leur visage, évoluant tant bien que mal dans cet étouffant deux-pièces, coincés dans des encadrements de porte et formant un trio des plus étranges dans une mise en scène bien plus maîtrisée et puissante que dans sa première partie. Teinté de couleurs fades dans lesquelles émergent les T‑shirts colorés de Zohar, venu les secourir en vain, le film gagne petit à petit en finesse laissant éclater la complexité des sentiments à l’œuvre, entre jalousie et culpabilité. Une sourde violence émane de ce portrait, somme toute émouvant, de l’ambivalence de l’amour familial et du sacrifice impliqué dans le dévouement de toute une vie.