© Épicentre Films
Coby
  • Coby

  • France2017
  • Réalisation : Christian Sonderegger
  • Scénario : Christian Sonderegger
  • Image : Georgi Lazarevski
  • Son : Christian Sonderegger
  • Montage : Camille Toubkis
  • Producteur(s) : Moira Chappedelaine-Vautier
  • Production : Ciaofilms
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 28 mars 2018
  • Durée : 1h17

Quelque part, quelqu'un


Quelque part, quelqu'un

Les premières images de Coby laissent d’abord craindre un documentaire sur le mode du reportage télévisé comme on en a malheureusement trop vu dans les salles obscures. Mais rapidement, les inquiétudes s’effacent devant cet objet délicat, ténu et sensible qui se préserve de tout sensationnalisme. Ici, il s’agit de raconter l’histoire de Coby, jeune homme d’une vingtaine d’années né dans un corps de femme et dont le choix de changer de sexe a affecté ses proches. Pour saisir la somme des complexes enjeux qui se télescopent autour de ce bouleversement intime, le montage s’articule autour de trois régimes d’images : les vidéos que Coby a lui-même tournées et postées sur YouTube pour partager au fil des ans ses questionnements sur son identité et ses désirs, les entretiens avec les deux parents et le frère qui confient leur cheminement effectué pour finalement accepter le choix de ce membre de leur famille, et enfin les discussions qu’engage Coby avec son entourage (sa petite amie, ses collègues de travail) à propos de sa nouvelle identité. Refusant de s’en tenir à un portrait chronologique — même si le film est conditionné par l’échéance d’une décision importante à prendre –, le film opère de nombreux allers-retours entre images d’archives et images présentes, préservant le film d’une simplification des enjeux.

L’équation n’est pas si simple

Sorti le mois dernier, Finding Phong de Tran Phuong Thao et Swann Dubus racontait le cheminement parsemé de questionnements existentiels d’un jeune transsexuel vietnamien dans un pays encore réticent à accepter sa différence. En dépit de ces atermoiements, la ligne du film était claire puisqu’il s’agissait avant tout du point de vue de Phong de réparer une anomalie : en devenant physiquement la femme qu’il rêvait d’être, le personnage estimait pouvoir rectifier définitivement le tir d’une nature mal faite, devenant à l’issue de l’opération un personne de sexe féminin qui serait logiquement attirée par le sexe opposé. Coby montre au contraire que le parcours est bien plus complexe qu’il n’y paraît, que la question du genre ne peut pas être réduite à cette dichotomie biologique homme/femme qu’une opération réglerait d’un coup de baguette magique. En croisant la parole des uns et des autres (la mère se reprenant lorsqu’elle voudrait parler de sa fille, les collègues de travail un peu perdus lorsque Coby leur explique qu’il sent sent plus « femme » ou plus « homme » selon le sexe de ceux avec qui il travaille, etc.), le film se refuse à trancher, arbitrer, donner raison aux uns et mettre en exergue le manque d’ouverture des autres. En seulement 1h17, le film de Christian Sonderegger parvient à se saisir de la subjectivité de l’entourage immédiat de Coby, laissant entendre que son choix restera le combat de toute une vie.

Patience et écoute

Discrète, la caméra du réalisateur ne donne jamais l’impression de s’immiscer dans l’intimité d’une famille, ni même de provoquer des confidences impudiques pour s’assurer que le film ait suffisamment de matière. Ce qui fait même la beauté de Coby, c’est le risque que prend le film de ne rien produire : en aucun cas, il ne s’agit de tenir un discours, de faire de la vie du jeune homme l’étendard d’une cause politique. Si l’empathie qu’inspire ce combat est bien entendu à l’origine du projet, aidé par la sympathie quasi immédiate qu’inspirent les différents intervenants — bien loin au passage des préconçus qu’on pourrait avoir vis-à-vis de l’Amérique rurale –, le réalisateur ne court jamais après la scène qui se voudrait signifiante. Certes, lors des entretiens face caméra, la mère — sacré personnage ! — et le père semblent vouloir justifier leurs positions, mais le montage sait aussi prendre le contre-pied des quelques certitudes égrainées pour faire exister le flottement et certaines contradictions. Ainsi, sans jamais prendre l’ascendant sur son sujet, Coby parvient à montrer habilement que chacun, face à ce grand chamboulement intime, cherche à produire une idée théorique, à défendre une position qui le définirait aux yeux de tous. Mais finalement, personne n’est ici maître de rien, impuissant face à la somme de facteurs rentrant en ligne de compte. En quelque sorte, le film nous donne une discrète leçon d’humilité, laissant l’entourage du jeune transsexuel exprimer une sincère bienveillance à son égard sur laquelle continuera de planer une somme de questions dont il faudra accepter qu’elles ne seront jamais résolues. Et ce n’est déjà pas si mal.

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