Corniche Kennedy
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Corniche Kennedy
    • Corniche Kennedy
    • France
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Dominique Cabrera
  • Scénario : Dominique Cabrera, Pierre Linhart
  • d'après : le roman Corniche Kennedy
  • de : Maylis de Kerangal
  • Image : Isabelle Razavet
  • Décors : Christian Roudil
  • Son : Xavier Griette, Mourad Louanchi, Éric Tisserand
  • Montage : Sophie Brunet
  • Musique : Béatrice Thiriet
  • Producteur(s) : Gaëlle Bayssière, Didier Creste
  • Production : Everybody On Deck
  • Interprétation : Lola Créton (Suzanne), Aïssa Maïga (Awa), Moussa Maaskri (Gianni), Kamel Kadri (Marco), Alain Demaria (Mehdi)
  • Distributeur : Jour2fête
  • Date de sortie : 18 janvier 2017
  • Durée : 1h34
  • voir la bande annonce

Corniche Kennedy

réalisé par Dominique Cabrera

Cruel Summer

En adaptant le roman éponyme de Maylis de Kerangal, Dominique Cabrera s’intéresse au parcours d’une bande de jeunes à Marseille, qui flirtent constamment avec le danger en sautant depuis la corniche. Issus des quartiers défavorisés de la ville, ils plongent pourtant au pied des villas luxueuses. Chaque saut représente pour ces jeunes une manière d’échapper à un déterminisme social et ontologique : c’est l’affirmation d’une liberté, l’occasion d’une restitution de leur propre valeur, quand ils se considèrent eux-mêmes comme des laissés pour contre. Éprise de cette quête de liberté et de sensations fortes, Suzanne (Lola Créton) va chercher à s’intégrer au groupe, à quelques jours de son examen du bac.

Corniche Kennedy rappelle, dans son dispositif narratif, le premier long-métrage Douches froides d’Antony Cordier. Dans ce film, Mickael prépare lui aussi le bac en parallèle de son activité de judo. Sa routine est ébranlée par l’arrivée de Clément – issu d’un milieu bourgeois et dont le père sponsorise l’équipe sportive – et la rivalité naissante entre les deux hommes. Confronter les classes sociales, dérégler le quotidien par l’intrusion d’un élément perturbateur, c’est dans ces mouvements que le film de Dominique Cabrera fait écho à celui d’Antony Cordier : les personnages se laissent progressivement dépossédés de leurs objectifs (la compétition de judo, le bac) par l’irruption de tentations et de pulsions, et par leur difficulté à composer avec un environnement étranger.

Les lois de l’attraction

À la différence du film d’Antony Cordier, Dominique Cabrera exploite dès la séquence d’ouverture la confrontation entre deux univers antagonistes ; Suzanne, qui évolue dans un milieu huppé de la ville est prise la main dans le sac, en train de fouiller dans les affaires du groupe. Ce flagrant délit permet à la réalisatrice de précipiter Suzanne dans un rite initiatique ; car pour se faire pardonner et accepter par le groupe, elle devra elle-même sauter depuis la corniche.

C’est également par cette séquence que la réalisatrice affiche d’entrée de jeu les enjeux de son dispositif filmique : assouvir la recherche sensationnelle de ces personnages. Les plongeons vertigineux sont ainsi filmés avec une certaine fluidité, une élégance qui permet d’opposer l’imminence du danger avec la beauté sauvage du décor. Plus Suzanne est à l’aise avec la prise de risques, plus elle affirme véritablement son corps dans l’image, creusant sa place au sein du groupe et du triangle amoureux qu’elle forme avec Mehdi et Marco. Tout comme Douches froides, le film devient charnel dans la perception que développe Suzanne sur chaque prétendant et sur son propre corps.

C’est certainement dans cette quête de sensations fortes que le film révèle aussi ses propres limites, comme préoccupé par la volonté de nuancer et circonscrire à tout prix ce temps sensationnel. Alors que les personnages explorent leurs limites physiques, Marco est l’objet d’une enquête policière, menée à bras le corps par une jeune commissaire (interprétée par Aïssa Maïga). Suivant le groupe de près, cette dernière oscille entre empathie et intégrité professionnelle, veillant à la fois sur ces jeunes et traquant le caïd local auquel Mario est lié. Malheureusement, le traitement de cette intrigue policière reste artificiel, comme si cette trame ne servait que de prétexte pour menacer la bulle solaire de ces personnages. Cette construction bancale empêche alors au film de prendre véritablement de l’ampleur et d’affirmer une liberté fictionnelle, malgré une direction d’acteurs réussie.