Qu’est-il arrivé aux six « amis » les plus célèbres de l’histoire de la télévision ? Jennifer Aniston, Courteney Cox et Lisa Kudrow ont continué leur petit bonhomme de chemin sur les sentiers souvent rocailleux de la comédie romantique ou des séries télé. Matt LeBlanc sort à peine du piteux échec de Joey ; quant à Matthew Perry, il apparaît de temps en temps dans des productions plus ou moins médiocres. Depuis la fin de la saison 10 de Friends, on entendait beaucoup moins parler de Ross Geller le paléontologue maladroit, alias David Schwimmer. Entre quelques pièces de théâtre et apparitions à la télévision, le comédien, plus courageux que ses confrères, préparait en effet son premier long-métrage en tant que réalisateur. Verdict ?
Soyons honnêtes : on ne s’attendait pas à ce que David Schwimmer signe le chef d’œuvre de l’année, ni même introduise un quelconque élément de renouveau dans le genre comique hollywoodien. Cours toujours Dennis a un sérieux goût de réchauffé : lorgnant avec insistance vers le succès inattendu de The Full Monty (dix ans déjà…), les thématiques sociales en moins (on n’est pas chez Ken Loach, que diable!), le film épuise jusqu’à la corde l’idée du type pas très futé dont la beauté est bien cachée dans les tréfonds de son âme, mais capable de déplacer des montagnes lorsqu’on menace de lui piquer la prunelle de ses yeux. Pas de concours de chippendales cette fois ; David Schwimmer, qui n’est pas Américain pour rien, fait dans le soft : pour rendre son ex-future-femme et son fiston fiers de lui, Dennis décide de courir jusqu’au bout le marathon Nike de Londres, après trois semaines de préparatifs hasardeux en compagnie d’un Indien obèse et d’un cousin truand…
Ces réserves posées, Cours toujours Dennis n’a rien d’un premier film honteux ; l’image et le cadrage sont soignés, le scénario suffisamment malin pour que les scènes comiques fassent mouche, sauf lorsqu’elles tombent (rarement) dans la scatologie (cf. l’évitable éclatement de l’ampoule au pied de Dennis après son premier jour d’entraînement et l’explosion du pus au visage de son cousin). Le décor n’est que peu ou mal utilisé, mais l’on ne saurait en blâmer David Schwimmer, qui plutôt que de piétiner pour la millième fois les trottoirs de Manhattan, a bravement choisi de s’exiler chez ses cousins anglais (The Full Monty, again…).
La vraie réussite de Cours toujours Dennis, néanmoins, tient à sa direction d’acteurs. Nul doute que David Schwimmer avait eu l’occasion de s’entraîner sur les plateaux de Friends, dont il avait déjà réalisé quelques épisodes, puisqu’il s’agissait alors simplement de mettre en valeur les comédiens. Dans Cours toujours Dennis, mis à part la très jolie mais très fade Thandie Newton (vue dans l’oubliable À la recherche du bonheur avec Will Smith), tous les personnages constituent une galerie de trognes croquante à souhait : le héros alcoolique, fumeur et bedonnant qui à 35 ans vit dans une cave sordide et a fui l’autel devant sa fiancée enceinte ; le cousin joueur de poker qui insiste pour que Dennis finisse le marathon malgré sa cheville cassée pour ne pas perdre son pari ; le play-boy qui épouserait bien la dulcinée de Dennis mais est trop parfait pour ne pas cacher un vilain secret, etc… Personnages caricaturaux sans doute, mais qui remplissent leur fonction comique à la perfection : dans Cours toujours Dennis comme dans The Full Monty, ce sont d’abord les défauts de ces personnages bêtes et moches qui sont mis en valeur, limitant ainsi au minimum le sentimentalisme inévitable des dix dernières minutes de film.
Inutile de courir voir le premier film de David Schwimmer. Mais si vous êtes fatigués de votre jogging quotidien et que vous venez à passer devant une salle de cinéma, il se peut que cet instant de détente ne vous laisse pas indifférent et que vous attendiez avec intérêt la deuxième réalisation d’un cinéaste – allez, soyons gentils – prometteur.