David Schwimmer, qu’on connaît surtout comme acteur (son rôle dans la série Friends l’a rendu mondialement célèbre), a choisi un thème très contemporain pour son deuxième film en tant que réalisateur. Trust s’intéresse en effet aux prédateurs sexuels qui hantent la Toile à la recherche de jeunes victimes. Sujet hautement sensible, la pédophilie a beau remplir l’espace médiatique à chaque fait divers, elle n’est que rarement traitée par le septième art. Oubli réparé par Schwimmer, mais mettre en scène la virtualité d’une rencontre et sa conclusion brutale, un viol sur mineur, sans tomber dans le voyeurisme facile ou l’enfonçage de portes ouvertes s’avère une tâche difficile, quelles que soient les bonnes intentions initiales.
La famille Cameron coule des jours paisibles dans une banlieue américaine bourgeoise. Sans surprise, le confort matériel a pris la place laissée vacante par les parents, toujours débordés et peu disponibles. Surtout pour Annie, quatorze ans. L’adolescente cherche alors d’autres interlocuteurs et c’est sur des sites de chats qu’elle rencontre Charlie. Au fil des semaines, à coups de SMS, de mails et de conversations téléphoniques, un lien amical puis amoureux se tisse entre les deux personnages. Le jour où Charlie propose à Annie une rencontre, elle jubile. Mais le jeune garçon se révèle être bien plus âgé que prévu.
Les journaux télévisés n’ont de cesse de présenter le net comme le Grand Méchant Loup, et une fois encore, l’outil technologique est vu sous l’angle de sa dangerosité. Diffus et incontrôlable, il est d’autant plus angoissant qu’il s’immisce dans l’intimité des êtres, au sein même du foyer. La première partie de Trust rejoue ainsi cette partition connue, adossée à une réalisation particulièrement plate et peu pertinente. Face à la difficulté de mettre en image la virtualité des communications, Schwimmer opte pour la surimpression à l’écran des messages, méthode cache-misère d’une mise en scène sans inventivité.
Mais le film s’achemine après le viol d’Annie vers un terrain moral nettement plus intéressant. Questionnant la notion même de viol (l’affaire Strauss-Kahn avait montré les difficultés à en donner une définition large), Trust observe une victime dans le déni de l’agression qu’elle a subie, un père qui peine à comprendre sa fille, une famille plongée dans le silence face à l’innommable et un entourage incapable d’accepter qu’un viol puisse être « consenti ».
L’intérêt principal de Trust se situe dans ce parti-pris de Schwimmer : parler d’un crime sans brutalité manifeste. Le principe de consentement étant souvent considéré comme l’alpha et l’oméga du viol (consentement : pas de viol. Absence de consentement : viol), les méandres psychologiques par lesquels passent les personnages permettent une mise en lumière des nombreux cas de figures de viol. Les Accusés (1988), film de procès, prenait déjà ce chemin. Jodie Foster, la victime d’un viol collectif, y était présentée par l’avocat des agresseurs, comme une allumeuse, une fille un peu facile qui avait ouvertement dragué les clients d’un bar et méritait presque ce qui lui était arrivé. Le viol était alors perçu comme l’aboutissement logique d’un comportement inapproprié, et la victime de devenir coupable aux yeux de son entourage. Dans Trust, ce renversement des responsabilités atteint la victime même de l’agression. La jeune Annie s’enferme dans un récit qu’elle s’invente (Charlie est amoureux, ils ont fait l’amour…) et jette dans la confusion aussi bien ses parents que le public. La prestation de Liana Liberato (Annie), entre honte, dépit amoureux et désillusions, est en grande partie responsable du trouble salutaire qu’implique un tel traitement du viol (a fortiori dans un cadre pédophile).
Alors qu’on aurait pu l’attendre sur le terrain de la comédie au vu de son passif, David Schwimmer s’essaie au drame intimiste avec un sujet sensible à manipuler. En dépit d’une mise en scène peu inspirée et d’une facture un peu trop « dossiers de l’écran » pour transcender véritablement son sujet, Trust offre tout de même une lecture singulière, où le viol n’est pas seulement envisagé comme un crime sexuel avec une séquence choc à la clé, mais comme une bombe psychologique à retardement qui ronge la cellule familiale jusqu’à l’implosion.