Deuxième sous-sol

Deuxième sous-sol

de Franck Khalfoun

  • Deuxième sous-sol
  • (P2)

  • États-Unis2007
  • Réalisation : Franck Khalfoun
  • Scénario : Franck Khalfoun, Alexandre Aja, Grégory Levasseur
  • Image : Maxime Alexandre
  • Montage : Patrick McMahon
  • Musique : tomandandy
  • Producteur(s) : Alexandre Aja, Grégory Levasseur, Patrick Wachsberger, Erik Feig
  • Interprétation : Rachel Nichols (Angela), Wes Bentley (Thomas)...
  • Date de sortie : 5 mars 2008
  • Durée : 1h38

Deuxième sous-sol

de Franck Khalfoun

Le sous-sol de la (tor)peur


Le sous-sol de la (tor)peur

Alexandre Aja, nouvelle coqueluche franco-américaine de l’horreur, revient dans l’hexagone pour produire le premier film réalisé par son collaborateur Franck Khalfoun. Huis-clos propice à tous les délires esthétiques et scénaristiques, Deuxième sous-sol ne déploie pourtant pas l’efficacité nécessaire à son sujet minimaliste.

Le soir de Noël, Angela, collaboratrice surmenée d’un cabinet d’affaire, part au dernier moment de son bureau pour rejoindre les agapes d’une soirée familiales à tendance dinde aux marrons / paquets cadeaux chatoyants. Problème : sa voiture refuse de démarrer. Autre problème : les portes vers l’extérieur de l’immeuble sont mystérieusement bloquées. Quelqu’un veut retenir Angela, et ce quelqu’un ne va pas tarder à se manifester.

Rénover le slasher en arrivant (presque) immédiatement à la confrontation finale, voilà l’idée efficace qui structure Deuxième sous-sol. On pourrait d’ailleurs craindre que les recettes qui président à la montée en tension d’un slasher (généralement agrémentée des meurtres forts en hémoglobine des amis / voisins / amants / chiens (mais c’est plus rare) / pharmaciens / bibliothécaires du personnage principal) soient remplacées par une extension du récit des plus artificielles. Heureusement, Deuxième sous-sol possède un scénario suffisamment solide et rythmé pour ne pas tomber dans ce piège. Malheureusement…

Malheureusement, il s’agit bel et bien du seul aspect réellement maîtrisé – sinon novateur – de Deuxième sous-sol. Car si le récit ne possède aucun des creux que l’on pourrait craindre, de nombreux manques handicapent cependant le film. Le labyrinthe des sous-sols et du parking de l’immeuble coupés du monde sont aussi peu exploités du point de vue esthétique que scénaristique. Topos traditionnel du genre, le labyrinthe réel (ou son aspect psychologique symbolique) sont ici terriblement mal utilisés. À aucun moment n’est possible une reconnaissance des lieux par l’auditoire, et les pérégrinations affolées de l’une, prédatrice de l’autre tournent à vide, négligeant d’impliquer le spectateur. Le prédateur inquiétant d’Angela est voulu au départ comme une sorte de bienfaiteur psychotique, sorte de double du personnage-titre de Harry, un ami qui vous veut du bien. Mais il perd rapidement cette qualité, ravalant la psychologie des protagonistes à un simplisme malvenu. Ajoutons à cela une gratuité totale dans la violence barbare et une tendance à l’érotisme cheap tellement voyante que cela en est gênant (« Tiens, si notre héroïne se voyait affubler d’une robe blanche qui moule follement ses formes généreuses, et qu’elle se retrouve plongée dans l’eau, pour mieux encore les souligner ? — Pas mal, ça, coco, c’est vendeur…»). Nous voilà donc devant une série B passablement regardable, mais sans réelle envergure, ni personnalité.

Voilà ce qui pèche réellement dans Deuxième sous-sol. Si les précédents films dans lesquels Alexandre Aja était impliqué possédaient indéniablement une patte propre au réalisateur, le premier film de Franck Khalfoun aligne les tartes à la crème du sous-genre du slasher, sans plus d’ambition. Deuxième sous-sol fait figure de production exclusivement alimentaire, support honorable à la consommation distraite d’un seau grand format de pop-corn – mais guère plus, hélas.

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