Avec ce surnom enfantin qui rime avec comptine, on pourrait croire que Didine (Géraldine Pailhas, enfin dans un premier rôle) est une sorte de grande sœur fantasque d’Amélie Poulain. Il n’en est rien. Les deux premières scènes du film donnent le ton : Didine dans un lit avec un amant de passage, pas très emballée à l’idée de le revoir, puis Didine à l’hôpital, où sa meilleure amie Muriel (Julie Ferrier) a atterri après une tentative de suicide suite à un échec amoureux. Vincent Dietschy évite le pathos avec soin : tout est prétexte à sourire, à faire des petites blagues, à aborder les sujets qui fâchent avec un maximum de légèreté. Un peu par hasard, Didine entre en contact avec La Main Tendue, une association d’aide aux personnes âgées où des bénévoles viennent passer quelques heures avec les aînés du quartier pour leur tenir compagnie. D’abord réticente, Didine accepte de s’investir et rencontre Mme Mirepoix, vieille dame sèche et aigrie à qui son neveu Nicolas (Christopher Thompson) rend fréquemment visite. Ce qui n’est pas pour déplaire à Didine, qui tombe immédiatement sous le charme…
Par la grâce d’un scénario aux dialogues souvent très drôles (co-écrit par Vincent Dietschy et Anne Le Ny, comédienne et réalisatrice de Ceux qui restent), qui place l’héroïne dans des situations irrésistiblement rocambolesques sans perdre de vue la crédibilité de l’ensemble, Didine se révèle être avant tout un joli portrait de femme, échappant aux stéréotypes habituels du genre. L’interprétation toute en finesse de Géraldine Pailhas y est pour beaucoup : la voir de tous les plans donne presque la sensation de redécouvrir une actrice dont on ne soupçonnait pas a priori les talents comiques. Entre pudeur et fragilité, sa Didine n’est jamais l’anti-héroïne geignarde que l’on pouvait redouter, bien au contraire : véritables délices du film, ses scènes face à la redoutable Mme Mirepoix (Édith Scob, absolument fabuleuse) jouent avec beaucoup d’esprit sur la confrontation entre deux personnages qui se ressemblent mais refusent de l’admettre. Et quand, dans la seconde moitié du film, le ton se fait plus grave, le personnage et son interprète restent tout aussi convaincants.
Ce n’est pas forcément le cas de tous les nombreux seconds rôles. Si Christopher Thompson et Benjamin Biolay sont d’agréables surprises dans les rôles de Princes Charmants potentiels, Julie Ferrier peine un peu à donner l’ampleur dramatique nécessaire au rôle de la meilleure copine : à la fois ressort comique et destin tragique, la comédienne est visiblement plus à l’aise dans le premier registre que dans le second. Moyennement emballante aussi, la jeune Élodie Bollée en bénévole mi-bimbo mi-caillera qui rêve de se faire adopter par un petit vieux. Le montage, parfois hésitant, ralentit certaines scènes mais qu’importe : avec la même légèreté que les tissus sur lesquels Didine dessine des imprimés (c’est son vrai métier), le film trace son chemin en distillant dans son sillage un doux parfum contre lequel il est difficile de lutter. Sans mièvrerie ni naïveté, Vincent Dietschy parvient à créer une émotion réelle en offrant à Didine la possibilité d’un bonheur presque inespéré, une fin de conte de fées pour un personnage ancré dans le réel. Dans cette formule presque extravagante et ô combien casse-gueule, Géraldine Pailhas et son cinéaste trouvent le ton juste, et touchent droit au cœur.