© Sophie Dulac Distribution
Distorsion

Distorsion

de Haïm Bouzaglo

  • Distorsion
  • (Distortion)

  • Israël, France2005
  • Réalisation : Haïm Bouzaglo
  • Scénario : Haïm Bouzaglo
  • Image : Yoram Millo
  • Montage : Yanniv Adrian Amoday
  • Musique : Shushan
  • Producteur(s) : Haïm Bouzaglo, Yoram Millo, Nelly Kafsky
  • Production : HB Productions, Mazel Productions
  • Interprétation : Haïm Bouzaglo (Haïm Bouzaglo), Smadar Kilchinsky (Anat), Amos Lavi (David), Danny Rytenberg (Ohad), Avi Gilor (Av)...
  • Distributeur : Sophie Dulac Distribution
  • Date de sortie : 29 novembre 2006
  • Durée : 1h47

Distorsion

de Haïm Bouzaglo

Requiem for a dream


Requiem for a dream

La terre promise n’est pas ce que l’on croyait : c’est le leitmotiv désabusé de la trilogie de Haïm Bouzaglo dont Distorsion est le second volume. Son idée de départ est très prometteuse, mais le cinéaste semble ignorer son potentiel et se perd entre une psychologie de bazar et un style visuel ampoulé et simpliste.

La scène se passe dans un café. Elle attend son rendez-vous, nerveuse. Lorsqu’il arrive, ils restent un moment silencieux, puis la glace se brise. C’est une histoire qui a l’air de bien commencer. À ce moment, survient l’attentat. Les visages sont mangés par une lumière aveuglante, l’image tremble violemment, tressaute, se désynchronise. La bande-son, criarde, déchire les tympans des personnes dans la salle, tétanisées. Puis les décombres apparaissent : ne reste du couple qu’un tas noirci et une main sanguinolente qui finit de sursauter nerveusement, tandis que la nuit et les flammes se disputent l’images.

Ainsi s’ouvre Distorsion : des images d’une terrifiante efficacité, d’une insoutenable violence. L’horreur relayée quotidiennement, banalisée par les médias, reprend toute sa force, envahit la salle, étouffe l’assistance, implacable. Traumatisé par la scène (il quittait l’endroit quelques minutes avant), Haïm, écrivain, souffre du syndrome de la page blanche, alors qu’il doit mettre un point final à une pièce de théâtre. Sa femme, journaliste, fait mystère de son dernier sujet ; Haïm s’invente une paranoïa pour combler le vide. Il engage un détective pour suivre son épouse, et commence à écrire sa propre histoire dans la pièce.

Le sujet de Distorsion est magnifique, fort d’un potentiel littéraire qui évoque Borges. La force des premières images laisse espérer une histoire hybride, entre la monstruosité d’une vie à l’ombre des attentats, et la détresse lorsqu’on se rend compte que l’amour est mort. Le tout, jeté sur la scène du théâtre comme sur l’écran du cinéma. Hélas, Distorsion est une immense déception, et tout y est, au mieux, agaçant. Le casting, à l’image d’un Haïm Bouzaglo jouant son propre rôle, est au mieux maladroit, au pire ridicule dans ses prétentions au pathos. Comme des acteurs amateurs ânonnant un texte de théâtre, les protagonistes lâchent un texte par moment incroyablement plat, convenu et prévisible, avec une conviction morte. La palme reviendra cependant au personnage du détective, incarné par un acteur au physique de Vin Diesel, avec autant de charisme et de talent que le bodybuilder des Chroniques de Riddick. L’amateurisme affiché de ce casting pourrait être un effet de mise en abyme sophistiqué, un artifice littéraire.

Ce serait trop espérer. La mise en scène, à l’avenant d’un jeu d’acteur navrant, neutralise toute subtilité. Certains effets, tels que la répétition d’un quotidien grisâtre basée sur les bruits et les gestes du quotidien, évoque Requiem for a Dream, la pertinence du film d’Aronofsky en moins. Les champs-contrechamps rapides censés figurer les échanges tendus entre les personnages deviennent très vite agaçants – dès le premier de ces échanges, en fait… Mais le pire reste la répétition des effets de la première séquence. Ainsi, à la moindre suggestion de jalousie, l’image tressaute, le son grince. L’idée est intéressante, mais sa répétition ad nauseam en annule toute la force. Ne reste que le dégoût de voir ce qui fit merveille, ridiculisé par un scénario plat.

S’arrêter en si bon chemin serait dommage : pour couronner le tout, Bouzaglo caviarde son film de séquences à l’ambition terrifiante : pour lui, « [la prostitution dans ses films] exprime en effet la mort de l’amour : il n’y a plus d’amour pur, mais seulement des amours tarifés et du sexe. Cela nous renvoie à l’aliénation dont souffre la société israélienne. » Pour appuyer ce propos fort, le réalisateur introduit un personnage de prostitué homosexuel, hautement caricatural, vecteur d’un discours haut en poncifs, benêt et d’une inutilité totale. Ce qui frappe surtout est l’hétérogénéité du propos. Ce personnage parcourt la ville dans des séquences vides de sens, pour être enfin rattaché à l’intrigue de façon éloignée et seulement circonstancielle, vers la fin du film.

Tout Distorsion tient dans cette méthode narrative : de remarquables intentions intellectuelles, terriblement desservies par une stylistique cinématographique brouillonne. Dresser le portrait d’un Israël revenu de ses illusions, confronté à un quotidien sordide, est terriblement ambitieux, et potentiellement très polémique. Hélas, le maniérisme amateur de la forme tue dans l’œuf toute crédibilité, ne laissant qu’un fantôme de discours, qui ne brille que par ses intentions.

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