Un réalisateur pour une trilogie : avec Janem Janem (« mon âme, mon âme » en français), Haïm Bouzaglo ouvre un cycle et propose trois partis pris de mise en scène. Au cœur d’un pays dans lequel conflits et attentats sont le lot de la vie quotidienne de ses habitants, entre désespoir et insouciance, Janem Janem nous parle de clandestinité et de déracinement. Sortiront prochainement Distorsion et Côte à côte, deux autres visages de la société israélienne. À suivre, donc.
Un mort parmi des vivants. Eldi est marié et prof d’histoire. Parce qu’il ne trouve pas de sens à une existence devenue terne, il décide de quitter l’Israël pour rejoindre Paris. Dans l’instant du départ, à l’aéroport, entre les caméras de vidéosurveillance, il rebroussera chemin. C’est sur un chantier de Tel-Aviv, parmi des travailleurs clandestins, turcs ou roumains, qu’il entreprendra un voyage inattendu et salvateur chez ses compatriotes.
En français, Janem Janem se dit « mon âme, mon âme ». Si Haïm Bouzaglo fait référence à l’identité du protagoniste principal, à sa patrie, il y a aussi dans ce joli titre comme l’empreinte d’une mélodie bizarrement baignée de tristesse et de nostalgie radieuse. Car Mon âme, mon âme met en scène un récit individuel et collectif, celui d’un homme et d’un pays, mais aussi une histoire de souffle et de rythme. Les premières scènes situées dans l’aéroport, présentant Eldi, en proie au désir de fuite, qui tente de renouer avec une liberté (fausse car surveillée), sont pleines de vie grâce à l’usage d’un montage vif et nerveux. Pourtant, le film, plein de promesses, déçoit pour deux principales raisons : derrière la communion de ces étrangers esseulés et la peinture vivante de relations qui se nouent, l’œuvre s’achève par un dénouement convenu et attendu. Eldi passe du statut d’acteur à celui d’observateur. Et la prolifération digressive d’histoires parallèles et de personnages secondaires noie l’homme, pourtant au cœur de l’intrigue, pour le rendre finalement transparent.
C’est bien dommage car il y avait quelque chose de véritablement émouvant et de mélodique dans ce croisement d’existences déracinées. Face à la faiblesse du personnage central, on conservera en mémoire les séquences drôles et sensuelles mettant en scène le personnage d’une jeune femme peintre, louant les corps des ouvriers immigrés afin de parachever son art, joliment interprété par Reymonde Amsallem. Si, dans son ensemble, Janem Janem déçoit, le film brille néanmoins, par instants, grâce à ses étonnants portraits de femmes.