© Sophie Dulac Distribution
El Cielito

El Cielito

de María Victoria Menis

  • El Cielito

  • Argentine, France2004
  • Réalisation : María Victoria Menis
  • Scénario : María Victoria Menis, Alejandro Fernández Murriay
  • Image : Marcelo Iaccarino
  • Montage : Alejandro Brodersohn
  • Musique : Diego Rolón, Luis Volcoff
  • Producteur(s) : Héctor Menis, Sophie Dulac, Michel Zana
  • Interprétation : Leonardo Ramírez (Félix), Darío Levy (Roberto), Mónica Lairana (Mercedes), Rodrigo Silva (Chango), Damián Piedrabuena (Cadillac), Zulma Arias (Nati), María Lidia López (la grand-mère)...
  • Date de sortie : 8 juin 2005
  • Durée : 1h33

El Cielito

de María Victoria Menis

Un coin de paradis


Un coin de paradis

El Cielito fait partie de ces œuvres qui, avec délicatesse, nous conduisent dans le monde intrinsèque des personnages. Une seule ambition transparaît dans ce film : la suggestion des sentiments. Tout y est implicite, et la réalisation, habilement travaillée, rend ce film émouvant.

Après avoir tourné deux films satiriques, Los Espíritus Patrióticos et Arregui, La Noticia del Día, où elle dénonçait les travers de la politique argentine, María Victoria Menis a décidé de changer de registre avec El Cielito, s’attachant à une analyse sociale et psychologique des personnages. Elle nous prend à témoin dans une histoire inspirée d’un fait divers : un jeune homme se prend d’affection pour le bébé de son patron et l’enlève. Dotée d’une formation en psychologie sociale, la réalisatrice a collaboré avec un psychanalyste pour comprendre les actes des protagonistes du fait divers. Ce travail commun lui a permis de cerner le caractère des personnages pour rendre son œuvre plus réaliste : la brutalité de Roberto, ouvrier au chômage qui ne sait pas aimer ; la passivité de sa femme Mercedes ; l’amour qui prend forme entre Félix et Chango, le fils de Roberto et Mercedes… María Victoria Menis enrichit son scénario en cassant plusieurs clichés et ce, sans tomber dans la caricature : un jeune homme au comportement maternel, une mère qui abandonne son enfant, l’absence d’histoire d’amour entre Félix et Mercedes…

La réalisatrice dépeint l’évolution des relations humaines dans le décor naturel de la Pampa. La sobriété de la maison, lieu de toutes les brutalités, fait ressortir le caractère des personnages car ils se retrouvent dans un endroit épuré et confiné qui les dissimule du regard d’autrui. Ils prennent toute leur consistance dans cette fragilité qui suinte des murs. C’est à l’intérieur que se joue le quotidien silencieux et oppressant du drame conjugal. L’extérieur, quant à lui, pourrait apparaître au premier abord comme un endroit de quiétude et d’évasion. Mais la Nature est double. De son immensité écrasante, elle encercle la maison, renforçant l’atmosphère pesante du conflit. La violence de Roberto est absorbée par la Nature qui reste un élément neutre face au drame conjugal. La Nature a aussi un rôle mémoriel qui est décuplé lorsque Félix est à Buenos Aires, car elle n’apparaît que de manière ponctuelle, à travers une rivière, un parc… C’est elle qui permet à Félix de se remémorer son enfance : l’écoulement de l’eau, le bruissement des feuilles, la noblesse des arbres, l’harmonie de la Nature rappelle à Félix ces moments intenses passés avec sa grand-mère.

María Victoria Menis dissocie trois univers relationnels en utilisant des codes esthétiques différents. Dans les scènes tournées en province les plans sont statiques, offrant un refuge intemporel d’une apparente sérénité. Le climat de discorde est accentué par l’éclairage nocturne qui souligne une impression d’enfermement. À Buenos Aires, María Victoria Menis a opté pour une réalisation de type documentaire, avec des images plus crues, pour représenter l’aspect déshumanisé de cette ville et se rapprocher du point de vue subjectif de Félix. Le grain de pellicule se fait plus épais, similaire à celui d’un film de famille amateur, qui, avec des plans saccadés et des images surexposées, illustre la poésie des souvenirs de Félix.

L’atout de El Cielito réside dans la pudeur émotionnelle qui s’en dégage : il n’y a aucune explication verbale du ressenti des personnages, tout passe par les gestes, les attitudes, les regards. L’amour qui se développe entre Félix et Chango est un témoignage de la sincérité des sentiments humains. Pour rendre son film réaliste, María Victoria Menis s’est inspirée de El Romance del Aniceto y la Francisca, réalisé par Leonardo Favio en 1967, s’inscrivant avec succès dans une mouvance de la « Nouvelle Vague » argentine actuelle.

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