England Is Mine – Steven Before Morrissey
© Bodega Films
England Is Mine – Steven Before Morrissey
    • England Is Mine – Steven Before Morrissey
    • (England Is Mine)
    • Grande-Bretagne
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Mark Gill
  • Scénario : Mark Gill, William Thacker
  • Image : Nicholas D. Knowland
  • Décors : Helen Watson
  • Costumes : Yvonne Duckett, Oliver Garcia
  • Montage : Adam Biskupski
  • Musique : Ian Neil
  • Producteur(s) : Orian Williams, Baldwin Li, Alan Graves, Tom Harberd
  • Interprétation : Jack Lowden (Steven Patrick Morrisey), Jessica Brown Findlay (Linder Sterling), Simone Kirby (Elizabeth Morrisey), Jodie Comer (Christine), Laurie Kynaston (Johnny Marr), Peter McDonald (Peter Morrissey)...
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 7 février 2018
  • Durée : 1h34

England Is Mine – Steven Before Morrissey

England Is Mine

réalisé par Mark Gill

The Smiths, groupe culte de rock alternatif des années 1980 qui a profondément marqué la scène musicale internationale, doit en grande partie sa gloire à son chanteur et parolier Steven Patrick Morrissey. England Is Mine ambitionne de comprendre comment s’est construit ce génie des mots, incarné avec une parfaite fragilité par Jack Lowden, que l’on a pu voir l’an dernier dans Dunkerque de Christopher Nolan. Le titre du film fait référence aux paroles de la chanson « Still ill » des Smiths – la phrase entière étant précisément « England is mine, it owes me a living » – mais c’est pourtant le sous-titre du film, Steven Before Morrissey, qui reflète davantage la proposition de Mark Gill. Pour son premier long métrage, le réalisateur a en effet fait le choix de ne pas évoquer la riche carrière de Morrissey au sein du groupe puis en solo, ni de faire le récit de la gloire, mais de se focaliser sur le chemin qu’il a parcouru pour y parvenir. Gill a fait également un choix drastique pour un biopic musical, en ne faisant monter son personnage qu’une seule fois sur scène pour une très brève reprise de « Give him a great big kiss » du groupe The Shangri-Las. La bande originale ne comporte par ailleurs pas de titres des Smiths car le récit s’arrêtant au moment de la rencontre avec John Marr (co-fondateur du groupe), le contraire aurait été plus qu’une maladresse, une faute majeure. Cependant, au-delà de l’angle choisi qui se démarque des biopics sortant à la chaîne sur nos écrans depuis quelques mois, England Is Mine permet d’aborder à travers le passé de Morrissey le délicat sujet de la dépression adolescente.

Aux âmes torturées

Le film s’ouvre sur l’image forte et hypnotique d’un tourbillon d’eau qui reviendra à plusieurs reprises, en écho à l’intérieur bouillonnant du jeune Steven qui manque plus d’une fois de perdre pied. Le jeune homme souffre d’une timidité presque maladive qui le rend peu sociable, et il est difficile de savoir ce qui est apparu en premier chez lui : sa dépression ou sa misanthropie. En dépit de son caractère au premier abord arrogant et prétentieux, Gill parvient pourtant à nous placer du côté du personnage et non en position de juge. Jack Lowden est de tous les plans, la caméra le suivant comme son ombre dans les moments les plus intimes et les épisodes les plus profonds de sa dépression. Lors des séquences où il se retrouve au milieu d’une foule, il est le plus souvent physiquement à l’écart, se repliant sur lui-même ou dans un coin du cadre. Une séquence est particulièrement réussie de ce point de vue, lorsqu’il se rend dans une fête foraine et s’installe seul dans une attraction tourbillonnant sur elle-même, la caméra face à lui et embarquée à ses côtés. La musique devient alors lointaine tel un bourdonnement, le personnage est seul et désorienté tandis que le reste du monde autour de lui semble immobile. Cette séquence est d’autant plus intéressante qu’elle prend le contrepoint du réel problème du personnage durant tout le film : tout avance à folle allure autour de lui, mais il est top effrayé pour se lancer et tenter sa chance. Le récit n’est cependant pas larmoyant, l’humour noir du chanteur est également présent tout au long du film. De nombreux détails sont d’ailleurs disséminés pour les admirateurs du chanteur et prouve un solide travail de recherche sur le sujet, comme par exemple la vision à plusieurs reprises d’un livre sur les meurtres de la lande, un fait divers qui s’est déroulé en Angleterre dans les années 1960 et qui a inspiré à Morrissey la chanson « Suffer Little Children ».
Avec sa légère coloration jaunie, l’esthétique du film évoque déjà à elle seule la nostalgie, comme de vieux films de famille sortis d’un carton du grenier avec la pile de vinyles et la machine à écrire que l’on retrouve dans la chambre de Morrissey. Ce parti-pris donne un aspect daté au film et participe grandement à recréer l’esthétique visuelle attribuée aux années 1970. Il apporte une touche supplémentaire à la reconstitution de cette époque déjà très réussie dans le film à travers les décors et les costumes.

Même si England Is Mine ne restera certes pas dans les annales, n’excellant en aucun point si ce n’est le jeu d’acteur, il pourra cependant tout autant captiver les inconditionnels du groupe que les novices qui y trouveront un autre intérêt que celui du biopic hommage.

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