© Les Alchimistes
État limite

État limite

de Nicolas Peduzzi

  • État limite

  • France2023
  • Réalisation : Nicolas Peduzzi
  • Scénario : Nicolas Peduzzi
  • Image : Laetitia de Montalembert, Nicolas Peduzzi
  • Montage : Nicolas Sburlati
  • Musique : Gael Rakotondrabe
  • Production : GoGoGo Films
  • Distributeur : Les Alchimistes
  • Date de sortie : 30 avril 2024
  • Durée : 1h42

État limite

de Nicolas Peduzzi

Sur la brèche


Sur la brèche

Après De Humani Corporis Fabrica et Notre corps de Claire Simon, État limite confirme un certain tropisme hospitalier du documentaire français contemporain. Le film de Nicolas Peduzzi se distingue toutefois des titres cités en se consacrant à une spécialité – la psychiatrie – dont les contours ne relèvent pas du domaine spectaculaire de l’imagerie scientifique. Le documentariste accompagne un psychiatre, le docteur Jamal Abdel Kader, au gré de ses consultations au sein de différents services : étant seul en poste à l’hôpital Beaujon de Clichy, il doit se rendre au chevet de plusieurs patients atteints de graves maladies mentales (troubles schizophréniques, dépressions mélancoliques, etc.). La caméra de Peduzzi témoigne en conséquence d’une importante mobilité ainsi que d’une proximité avec le praticien, qui évoque son quotidien à grand renfort de formules bien senties (« Ils s’en foutent que ces gens meurent, et d’ailleurs ils s’en foutent aussi que toi tu meurs », dit-il en évoquant sa fatigue chronique). Pour donner du relief à ce dispositif, qui évoque souvent les codes du reportage télévisé, le cinéaste a hélas la main parfois lourde, notamment lorsqu’il insère dans le montage des plans filmés depuis l’extérieur de l’hôpital, mettant en évidence la séparation nette entre le bâtiment perçant le ciel et le vide qui l’entoure, pour montrer à quel point le psychiatre se trouve – on l’aura deviné – au bord du gouffre.

C’est pourtant à partir de ce même principe (la scission récurrente du cadre en deux parties) que le film construit ses meilleures scènes. Dans l’une des premières consultations auxquelles on assiste, une porte entrouverte occupe par exemple la moitié du plan et dissimule un patient en détresse, tandis que le psychiatre, dont le corps est coupé en deux par l’arête de la porte, se trouve à la fois dans le cadre et hors champ. Plus tard, les visites parallèles du docteur et de son interne, qu’il envoie s’occuper de certains patients à un moment où il se retrouve lui-même débordé, sont montrées côte à côte en split-screen. Dans les deux cas, le rôle du psychiatre consiste à faire corps avec cette ligne de démarcation, c’est-à-dire à évoluer dans un « état limite », entre l’ici et l’ailleurs. Le titre du film ne renvoie dès lors pas seulement à l’état de crise dans laquelle se trouve l’institution hospitalière, mais aussi à la manière dont Abdel Kader conçoit la psychiatrie : comme une science de l’entre-deux permettant de lutter contre l’ostracisation de la folie.

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