© Pyramide Films
Été 93

Été 93

de Carla Simón

  • Été 93
  • (Estiu 1993)

  • Espagne2017
  • Réalisation : Carla Simón
  • Scénario : Carla Simón
  • Image : Santiago Racaj
  • Décors : Mónica Bernuy
  • Costumes : Ana Aguila
  • Son : Eva Valiño, Roger Blasco
  • Montage : Ana Pfaff, Didac Palou
  • Musique : Ernesto Pipó, Pau Boïgues
  • Producteur(s) : Valérie Delpierre, María Zamora, Stefan Schmitz
  • Production : Inicia Films, Avalon P.C.
  • Interprétation : Laia Artigas (Frida), Paula Robles (Anna), Bruna Cusí (Marga), David Verdaguer (Esteve), Fermi Reixacha (Avi)
  • Distributeur : Pyramide Distribution
  • Date de sortie : 19 juillet 2017
  • Durée : 1h37

Été 93

de Carla Simón

Donner du temps au temps


Donner du temps au temps

Après deux courts métrages remarqués, Born Positive et Lipstick, Carla Simón s’inspire à nouveau de sa vie personnelle pour son passage au long – Prix du meilleur premier film à la dernière Berlinale –, mettant en scène son enfance à travers le personnage de Frida. Suite à la perte de ses parents atteints du VIH à l’aube de l’été 1993, la fillette de 6 ans est confiée à son oncle et sa tante, déjà jeunes parents de la petite Anna, et doit quitter Barcelone pour la campagne catalane.

Malgré un sujet très dur au premier abord, la réalisatrice ne cède pas au pathos et ouvre son film sur l’effervescence du déménagement. Elle place sa caméra à hauteur d’enfant, suivant de près Frida qui déambule entre les cartons et les vestiges de son ancienne vie qu’elle va devoir laisser derrière elle. Carla Simón concentre son film sur le cheminement du deuil et les contradictions de l’enfance, qu’elle capture avec beaucoup de justesse. Rien ne sera montré de la maladie, évoquée seulement à travers quelques questions pudiques et tardives de Frida. Durant le reste du film, elle n’exprimera son mal-être que par le langage corporel, changeant de posture et de démarche selon son état de colère, de nervosité ou de bien-être retrouvé. Une idée judicieuse de la réalisatrice pour éviter toute surinterprétation et faux sentiments que pourrait apporter un excès de dialogues, et qui permet de rendre compte avec plus de subtilité les changements d’humeur d’une enfant.

Fragments d’été

Comme on tourne les pages d’un album de famille, où quelques instants figés suffisent à rappeler l’ambiance de toute une époque, le film est construit comme une suite d’épisodes centrés tantôt sur l’impertinence et le désarroi de Frida, tantôt sur la difficulté de cette famille d’accueillir un nouveau membre. Ce parti pris permet d’exposer les points de vues des différents protagonistes, et par la même de dresser un portrait de l’Espagne à cette époque. La religion et les traditions, dont voulaient se détacher les nouvelles générations, sont largement mises en avant et critiquées à travers le personnage de la grand-mère de Frida. Forçant la fillette à réciter ses prières lors de ses visites, elle fait germer dans son esprit le fantasme d’une puissance supérieure qui pourrait ramener sa mère. Outre la thématique du deuil chez l’enfant, cet aspect du film rappelle encore davantage Ponette de Jacques Douillon, cité par la réalisatrice parmi ses influences (avec Cría Cuervos de Carlos Saura et L’Esprit de la ruche de Víctor Erice). Tout comme Ponette, Frida trouve un certain réconfort dans le mysticisme religieux, y voyant une manière de communiquer avec la défunte. Ces jeunes héroïnes se raccrochent à Dieu autant par espoir que par désespoir, et non pas par convictions personnelles. Mais alors que Doillon place la croyance au cœur de son film et laisse la fillette aller au bout de ses fantasmes, Carla Simón l’utilise pour démontrer que selon elle, un enfant ne peut faire son deuil que quand il a accepté qu’aucune magie ne peut ramener les morts.

Le point fort du film réside dans les longs plans-séquences qui laissent la possibilité aux jeunes actrices d’improviser, et où la caméra est gardée à distance pour que l’on puisse observer les liens qui se tissent à mesure qu’elles s’apprivoisent. Les instants complices de ces deux cousines devenues sœurs, entre batailles d’eau et jeux de rôles, permettent également de recréer cette ambiance de latence estivale. Des longueurs nuisent quelque peu au rythme du film mais le sujet traité nécessite de laisser le temps aux personnages de s’installer dans leurs nouveaux rôles. On regrette cependant que l’acceptation finale – et sans suspense – de sa nouvelle famille symbolise pour Frida l’abandon de l’ancienne, qui réduira finalement sa mère biologique au statut de « maman d’avant ». Un raccourci maladroit, comme s’il était suggéré qu’elle ne pouvait retrouver un équilibre qu’au sein d’un cadre familial traditionnel.

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