Galveston
Galveston
    • Galveston
    • États-Unis
    •  - 
    • 2018
  • Réalisation : Mélanie Laurent
  • Scénario : Jim Hammett
  • d'après : le roman Galveston
  • de : Nic Pizzolatto
  • Image : Arnaud Potier
  • Décors : Lisa Myers
  • Costumes : Lynette Meyer
  • Montage : Joseph Krings, Guerric Catala
  • Musique : Marc Chouarain, Eugenie Jacobson
  • Producteur(s) : Tyler Davidson
  • Production : Low Spark Films
  • Interprétation : Ben Foster (Roy Cady), Elle Fanning (Raquel Arceneaux), Lili Reinhart (Tiffany), María Valverde, Beau Bridges...
  • Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers
  • Date de sortie : 10 octobre 2018
  • Durée : 1h33

Galveston

réalisé par Mélanie Laurent

Porté par Tyler Davidson, le producteur de l’excellent Take Shelter de Jeff Nichols, et adapté du premier roman de Nic Pizzolatto à qui l’on doit la série télévisée True Detective, le projet de Galveston nous offrait quelques promesses. Confier la réalisation à Mélanie Laurent était un choix inattendu tant ses précédents films sont aux antipodes de ce thriller typiquement américain. Ce changement radical de registre après Les Adoptés (2011), Respire (2014), Demain (2015) – coréalisé avec Cyril Dion – et Plonger (2017) aurait pu profiter à la réalisatrice qui, jusqu’ici, ne nous avait pas convaincus de ce côté de la caméra. Si toutefois Galveston propose quelques séquences inspirées, le film souffre des mêmes faiblesses que ses autres longs métrages : une mise en scène maladroite et maniérée qui prend le pas sur la profondeur des personnages et le développement de leurs relations. Il en ressort un film impersonnel sans réelle direction artistique, comme si la majorité des séquences avaient été improvisées au fur et à mesure du tournage sans réflexion globale sur le sens à leur donner.

Une impression de déjà vu

Roy, séduisant et taciturne homme de main, survit à un guet-apens orchestré par son employeur mafieux. Dans la bataille il sauve Raquel qui était prise en otage, jeune escort girl écorchée dont les rêves d’évasion de sa bourgade natale se sont transformés en cauchemars. Pour sauver leurs peaux, ils prendront ensemble la route pour la petite ville de Galveston et s’installeront dans un motel en attendant que leurs poursuivants les oublient. L’histoire de ces deux personnages semble racontée sans conviction avec un enchaînement d’événements dénués de liens forts entre eux. Le résultat donne la sensation que la réalisatrice ne fait pas corps avec son sujet, ou bien qu’elle ne sait pas exactement ce qu’elle veut vraiment nous raconter. Le scénario trop balisé souffre d’un évident manque d’originalité, et ne nous offre aucune surprise : les héros sont poursuivis par de méchants mafieux alors qu’ils n’aspirent qu’à un nouveau départ fait d’amour et d’eau fraîche, mais la violence de leur passé va les rattraper. Pour en rajouter une couche, Mélanie Laurent surfe sur les clichés (tueur au cœur tendre, prostituée à la jeunesse brisée, motel glauque comme refuge) et enferme ses personnages dans des cases dont ils ne sortiront pas. Elle ne propose pas non plus un nouveau regard, notamment en tant que femme, sur un genre à l’univers très masculin, ce qui aurait pu le rendre moins convenu. Elle ne questionne pas le personnage de Raquel et en fait une victime par excellence. Abandonnée, violée et battue, elle va devenir la protégée de Roy sans qui elle serait condamnée à la prostitution. La réalisatrice cantonne ainsi son personnage féminin à l’acceptation de sa condition, sans aucune évolution tout au long du récit.

La relation entre Roy et Raquel – qui se fera appeler Rocky au milieu du film – reste à l’état d’ébauche, mais Mélanie Laurent nous offre cependant une belle et courte séquence de tendresse et de complicité dans un bar. À travers de simples gestes et sans dialogues, on pourrait sentir naître l’intérêt du film : la réparation de deux âmes cabossées grâce au soutien d’une amitié ou d’un amour naissant. Les deux très bons acteurs (Elle Fanning et Ben Foster) semblent se débattre avec le peu qui leur est donné, car si le passé de leurs personnages est lourd, ce qui nous est montré relève presque de l’anecdotique entre deux séquences d’ultra violence pas toujours justifiées. La réalisatrice ne semble de plus pas savoir où poser sa caméra. Voulant sans doute insuffler à Galveston son exploration de l’intime qu’elle avait déjà tenté auparavant, elle filme souvent ses personnages en gros plan pour tenter de saisir leurs émotions, mais cela ne prend pas car le geste est trop appuyé et devient un effet maladroit sans aucune subtilité. Dans les dernières minutes néanmoins un impressionnant – et surprenant au regard du reste de la mise en scène – plan séquence nous embarque sur les talons de Roy lors de son ultime évasion d’un repère de truands. Malheureusement le bonheur cinématographique est de courte durée car les dernières minutes de Galveston nous proposent une conclusion superflue : une dernière chance de rédemption pour Roy avant sa mort, se déroulant 20 ans plus tard alors qu’un ouragan s’apprête à ravager la ville. Si l’ambiance visuelle et la moiteur du Texas en plein été sont bien retranscrites grâce à la photographie d’Arnaud Potier, cela ne suffit pas à contrebalancer le manque de consistance général. Il n’en restera donc qu’un film pas foncièrement honteux mais dispensable, ce qui est peut-être pire.

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