Goodnight Mommy

Goodnight Mommy

de Veronika Franz, Severin Fiala

  • Goodnight Mommy
  • (Ich seh, Ich seh)

  • Autriche2014
  • Réalisation : Veronika Franz, Severin Fiala
  • Scénario : Veronika Franz, Severin Fiala
  • Image : Martin Gschlacht
  • Décors : Hannes Salat, Hubert Klausner
  • Costumes : Tanja Hausner
  • Son : Klaus Kellermann
  • Montage : Michael Palm
  • Musique : Olga Neuwirth
  • Producteur(s) : Ulrich Seidl
  • Production : Ulrich Seidl Filmproduktion GmbH
  • Interprétation : Susanne Wuest (la mère), Lukas Schwarz, Elias Schwarz...
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 13 mai 2015
  • Durée : 1h40

Goodnight Mommy

de Veronika Franz, Severin Fiala

Boule et Bile


Boule et Bile

De la cruauté

Des nouvelles de l’Autriche. Après Michael Haneke et Ulrich Seidl (ici producteur du film), qu’on se rassure, le Mal y rôde toujours, contaminant jusqu’au moindre pixel. Film-monstre, Goodnight Mommy est la sombre progéniture de la Trilogie des jumeaux d’Agota Kristof et du Claustria de Régis Jauffret. À la première, elle emprunte ses jeunes têtes blondes prêtes à toutes les cruautés ; au second une certaine idée de la séquestration autrichienne. Soit Lukas et Elias, deux bambins diaboliques qui, doutant de l’identité de leur mère à son retour d’une chirurgie esthétique, deviennent son bourreau.

Petit guide pratique du tortionnaire, le film s’applique alors à déployer un imaginaire du châtiment corporel, redoublant d’inventivité sur les moyens de tenir en captivité un animal plus gros que soi et de lui infliger ses pires cauchemars. D’une habileté indéniable, la mise en scène, très simple, déroule une lenteur pesante, installe une tension palpable. Dans le huis clos étouffant de la maison, chaque plan réserve le maniement inquiétant d’une lame de cutter, un cafard gros comme le point qu’on fait ramper sur un visage endormi ou les brûlures aux chevilles d’une corde trop serrée. Tout est progressivement souillé, imprégné de la bile poisseuse de ces jumeaux à l’âme définitivement possédée. Pari remporté pour les réalisateurs : le film provoque dégoût et révulsion.

Nausée abonde

Le retour à la terre ferme ne se fera pas sans nausée. Car c’est bien le spectateur qui est directement visé ici à travers la mère ; c’est bien lui qu’on torture. On introduit en lui une main froide, on lui remue les tripes, on fait appel à ses angoisses et on le force à regarder, un peu comme Alex dans Orange mécanique, prisonnier. La fascination pour le Mal, principe de base du film, fonctionne bien sûr un temps : jusqu’où les deux teignes seront capables d’aller ? Puis on ressent bientôt une certaine révolte à se voir ainsi ouvertement manipulé, presque violé : le spectateur est clairement sommé de subir le supplice, sans autre choix que la soumission. Mais s’arrêter sur cette réaction outrée serait peut-être encore trop rendre au dispositif du film.

L’accumulation de l’horreur trouve son apogée destructeur dans une grand-messe sataniste assez dérisoire – où des chats morts prennent feu dans des aquariums – et qui aurait pu être comique si ce qu’elle racontait n’était pas aussi triste. Goodnight Mommy crie haut et fort son désir : ne pas laisser le spectateur indifférent, jamais. À tout prix lui faire ressentir quelque chose, l’atteindre physiquement. Comme Joe dans Nymphomaniac, nous sommes à ce point incapables de ressentir quoi que ce soit, que tout est permis pour nous sortir de notre torpeur. Il y a dans ce cinéma de l’outrance une grande laideur et une grande faiblesse à considérer le spectateur comme un vulgaire gant qu’on retournerait pour mieux exposer ses chairs à vif.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !