Guantanamera
Guantanamera
    • Guantanamera
    • Cuba, Allemagne, Espagne
    •  - 
    • 1995
  • Réalisation : Tomás Gutiérrez Alea, Juan Carlos Tabío
  • Scénario : Eliseo Alberto, Tomás Gutiérrez Alea, Juan Carlos Tabío
  • Image : Hans Burmann
  • Décors : Onelio Larralde
  • Son : Raúl García
  • Montage : Carmen Frías
  • Musique : José Nieto
  • Producteur(s) : Gerardo Herrero
  • Production : Tornasol Films, Prime Films, Alta Films, ICAIC, Road Movies Dritte Filmproduktion
  • Interprétation : Jorge Perugorria (Mariano), Mirta Ibarra (Georgina), Carlos Cruz (Adolfo), Raul Eguren (Candido), Luis Alberto Garcia (Tony), Pedro Fernandez (Ramon), Conchita Brando (Yoyita)
  • Distributeur : Karmafilms Distribution
  • Date de sortie : 17 octobre 2018
  • Durée : 1h41

Guantanamera

Dernier film de Tomás Gutiérrez Alea alors très malade (raison pour laquelle celui-ci est également co-réalisé par Juan Carlos Tabío), Guantanamera fait suite au succès mondial deux ans plus tôt de Fraise et Chocolat qui allait faire sortir le cinéma cubain de l’autarcie à laquelle l’embargo américain l’avait jusqu’ici condamné. Davantage inscrit dans le registre de la comédie, cet ultime effort n’en offre pas moins un éclairage sur le contexte social et politique du pays au beau milieu des années 1990, alors soucieuse de redorer son image depuis la chute de son principal allié et soutien financier, l’URSS. Adoubé par le régime castriste, Tomás Gutiérrez Alea reste avant tout un cinéaste qui a toujours mis son art au service de l’humain, célébrant son amour pour son île – mais sans jamais rien perdre de sa lucidité – à travers ses personnages. Ici, il prend prétexte de la mort inattendue d’une sexagénaire – alors en visite chez sa nièce à Guantánamo – et de la nécessité de rapatrier son corps – alors qu’un nouveau plan d’État a été conçu pour économiser de l’argent lors du transport des défunts – pour dresser le portrait d’un pays où la population est déjà rompue depuis des décennies à l’art de la débrouille. Plusieurs générations venues d’horizons différents s’entremêlent autour d’un drame aux airs de farce absurde. Avec un sens du détail et un art consommé du dialogue piquant, le tandem de réalisateurs insuffle à leur comédie un doux parfum de mélancolie, inscrivant cette épopée dans le tragique du présent tout en construisant des ponts vers un passé idéalisé.

La traversée

Guantanamera, avec son titre qui rappelle inévitablement le titre de la célèbre chanson cubaine, est un projet parfaitement inscrit dans son territoire. En suivant cet improbable convoi funéraire, c’est tout un ensemble de villes cubaines qui sont citées jusqu’à la fameuse Santa Clara qui abrite la tombe de Che Guevara et évoque donc l’expérience politique que fut la révolution cubaine. Par un savant jeu d’échelle, les deux réalisateurs remettent en perspective et non sans humour le drame de l’isolement auquel est condamné leur peuple. Dans une scène où la voiture suivant le corbillard se retrouve à prendre en charge une femme sur le point d’accoucher, le chauffeur de taxi utilise sa CB en se localisant à Guantánamo : son interlocuteur fait alors la confusion avec la base américaine, créant un décalage entre les enjeux géopolitiques impliquant Cuba et le besoin d’assistance – somme toute très triviale – des habitants de l’île. Avec une certaine habileté dans la construction du récit, le scénario confronte l’urgence du temps présent (transporter un corps, retrouver un amour de jeunesse, arriver à temps à l’hôpital) à l’immuabilité dans laquelle est plongé le pays. Comme dans Fraise et Chocolat, derrière la légèreté du ton et l’apparente comédie de mœurs vient se nicher un regard nuancé, à la fois plein d’empathie et de mélancolie sur les Cubains.

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