Hair
Hair
    • Hair
    • (Mou)
    • Iran
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Mahmoud Ghaffari
  • Scénario : Mahmoud Ghaffari
  • Image : Ashkan Ashkani
  • Montage : Mahmoud Ghaffari
  • Producteur(s) : Mahmoud Ghaffari
  • Interprétation : Shabnam Akhlaghi, Zahra Bakhtiari, Shirin Akhlaghi
  • Distributeur : Chapeau Melon Distribution
  • Date de sortie : 7 mars 2018
  • Durée : 1h18

Hair

Mou

réalisé par Mahmoud Ghaffari

Soumis à une pression constante de la part des instances culturelles et politiques, les cinéastes iraniens n’hésitent pas à retourner cette contrainte pour en faire une force. En décembre dernier, c’était Mohammad Rasoulof qui, avec Un homme intègre, utilisait les non-dits et le hors champ pour dénoncer l’état de corruption général du pays. Porté par sa charge féroce, le film avait voulu au réalisateur d’être accusé de « propagande contre le régime ». C’est dans ce contexte toujours autoritaire et oppressant que sort Hair, qui n’hésite pas à aborder frontalement le thème de la libération de la femme.

Couvrez ce sein que je ne saurais voir

En contant l’histoire de trois jeunes femmes sourdes sélectionnées pour le championnat du monde de karaté en Allemagne, le réalisateur offre un parallèle confondant avec son propre travail de mise en scène. Puisque ses héroïnes refusent de céder aux exigences gouvernementales de port du vêtement obligatoire, elles se voient par-là même contraintes d’abandonner tout espoir de participation. De la même façon, en filmant ces jeunes femmes sans le hijab obligatoire, Mahmoud Ghaffari s’interdit toute possibilité de diffusion en Iran et s’expose à des poursuites judiciaires. Ce sentiment de coercition prend tout son sens lors d’une scène de tournage télévisé durant les premiers instants du film. Alors que les jeunes athlètes s’entraînent face caméra pour promouvoir leur art, la prise de vues est interrompue afin que celles-ci se couvrent le cou. Seulement, la coach de l’équipe doit se couvrir également, alors même qu’elle n’apparaît pas à l’écran. Le cadreur, lui, se contente de filmer, sans avoir son mot à dire, suivant platement les consignes de bienséance édictées. En transformant son récit en parabole sur la création, le cinéaste décuple véritablement la force de son propos.

Quand on ne peut s’exprimer autrement que par le corps, et que celui-ci est contraint et reclus, que reste-t-il pour s’exprimer ? Le combat ne se fera donc pas sur un tatami mais en dehors, dans la description acerbe que le réalisateur propose de l’administration et des censeurs. Qu’importe les limitations techniques, qu’elles soient liées à des prises de sons souvent mauvaises ou à une direction lumineuse pauvre et plate, le film ne s’embarrasse pas d’une éventuelle propreté formelle. La nécessité de tourner rapidement, clandestinement, dans la crainte constante de voir son œuvre purement et simplement interdite, oblige à aller au plus vite et au plus évident : le gros plan. Quitte à tout perdre, autant tout montrer. Cette intention culmine lors d’un plan mémorable, lorsque l’actrice, se préparant dans un silence pesant, décide finalement de se raser entièrement la tête tout en poussant un hurlement violent et douloureux.

Si le film dilue inutilement dans sa première partie les scènes d’insouciance des jeunes femmes, il prend irrémédiablement son envol dans la seconde, culminant dans une apocalypse massive et totale : destruction des institutions, du corps et des images. Une violence assez inattendue qui se voit comme un cri de rage contre la société iranienne, et plus exactement, contre son cinéma de la coupure, celui qui ne vit que de hors-champs, d’autocensure et de non-dits.

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