« Honk » signifie klaxonner, c’est l’acte auquel s’adonnent les adversaires de la peine capitale pour signifier leur refus. Honk ou comment les tenants d’un film ne rejoignent pas ses aboutissants.
Honk constitue une extension filmique du travail sociologique mené par Arnaud Gaillard (ici co-réalisateur) consigné dans l’ouvrage 999[1]Édition Max Milo, paru le 6 octobre 2011., enquête menée à travers une nation où 34 États appliquent encore la peine de mort. Au pays de la bannière étoilée, il est vrai que ça fait vraiment tâche, on est bien d’accord. Comme l’ouvrage, le présent film se dresse comme un réquisitoire résolument contre – ce qui constitue aussi la position de la rédaction de Critikat où, précisons-le, ne figure pas Michel Sardou qui, lui, est pour.
L’impression d’une aporie profonde pèse sur Honk, notamment par la façon dont il tient de la visite guidée d’une Amérique ayant adopté un culte de la violence, de sa mise en spectacle (et en business), pays de la liberté où l’on pratique donc cet œil pour œil, mais où des individus s’élèvent contre cette monstruosité. Le fil du récit s’organise en une galerie de personnages successifs : les Kirk – du même avis que Michel Sardou – s’en vont assister à la mise à mort du meurtrier du mari, père et grand-père ; Curtis, 22 ans dans les couloirs de la mort, finalement innocenté, forcément marqué ; Golda, dont le fils se trouve en attente de l’exécution de la peine capitale à laquelle il a été condamné. Sans oublier Huntsville, cité où 15 000 des 35 000 habitants sont des détenus et où sont pratiquées les exécutions pour tout l’État du Texas. On ne manquera pas non plus le petit crochet du côté d’un grand raout religieux et patriotique, celui qui fait frémir par les horreurs que l’on y entend et qui fait dire : « rhôôôô, ces Américains, ils sont tout de même complètement tarés ! » On a aussi droit à des syllogismes vraiment très intéressants de la part d’un militant abolitionniste, du genre : Hitler a pratiqué, sur les conseils du docteur Brandt, l’injection létale pour tuer des milliers d’enfants déficients mentaux, les États-Unis pratiquent l’injection létale, donc… Autant dire qu’au bout du chemin, on est bien avancé et on a beaucoup appris.
Honk s’attache à la prise en charge de la parole en faisant cinéma – refusant ainsi une représentation par l’image de la peine de mort –, c’est-à-dire des plans s’éloignant de la forme reportage. Il est vrai que le verbe fait parfois surgir des images très fortes et évocatrices, mais on note sur ce point une forme de volontarisme qui aboutit souvent à des situations démonstratives et à des cadrages sursignifiants, où les protagonistes jouent scrupuleusement la partition pour laquelle on a bien voulu s’intéresser à eux. Ceci finit de boucler la boucle de ce film enfermé sur lui-même, mangé de l’intérieur par son sujet inattaquable.
Notes
| ↑1 | Édition Max Milo, paru le 6 octobre 2011. |
|---|