Bien que le paysage soit colombien, il semble tout droit sorti d’un film de Tarkovski : il s’agit d’une plaine brumeuse à l’herbe vert foncé, qu’arpente un homme en long manteau noir rappelant le poète exilé de Nostalghia. Cet homme s’appelle Basilio ; ancien criminel de guerre, il retrouve, au début du film, sa mère dans une maison délabrée. Cette première séquence est assez séduisante, en particulier parce qu’elle reprend les motifs stylistiques du cinéaste russe, dont l’influence se fait sentir tout au long du film. Tandis que le personnage se livre à des considérations opaques, la caméra de César Augusto Acevedo organise une suite d’apparitions par de lents mouvements d’appareil : un chien et un petit garçon faisant face à la brume, des silhouettes armées et encagoulées descendant les collines, ou encore la mère du personnage sortant de la pénombre de sa maison. Mais cette manière d’avancer par visions tournera court ; le film est en réalité mû par une logique beaucoup plus discursive.
Dès la deuxième scène, Basilio et sa mère s’évaporent lentement sur un chemin de village pour laisser place à un cortège funéraire : on comprend qu’il s’agit là de deux fantômes et que s’amorce pour eux un long chemin vers la repentance. S’ensuit un récit balisé tantôt par des confrontations avec certaines de leurs victimes, tantôt par des réminiscences ou des pauses plus méditatives, mais qui travaillent au forceps en vue du même but : soutirer des regrets aux deux protagonistes mis face aux conséquences du mal qu’ils ont commis – au gré de séquences souvent parachevées par des larmes expiatrices. Les quelques idées formelles ponctuant chaque étape relèvent alors d’une symbolique appuyée. Ainsi d’un long plan au début du film où Basilio porte sa mère à bout de bras dans une forêt embrumée et plongée dans la nuit. Les voix de ses victimes remplissent peu à peu l’espace tandis qu’il s’effondre, croulant littéralement sous le poids de la culpabilité, devant un large rocher où sont projetés les visages des morts. Un peu plus tard, une autre de ses visions montre la maison de son enfance en lévitation. Une fois les plaies pansées, celle-ci peut redescendre au sol, la mère retrouver son mari et Basilio s’en aller par les plaines sous le ciel bleu. En bouclant de la sorte sa narration, le film perd de vue son horizon tarkovskien.