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How to Talk to Girls at Parties

How to Talk to Girls at Parties

de John Cameron Mitchell

  • How to Talk to Girls at Parties

  • Royaume-Uni, États-Unis2017
  • Réalisation : John Cameron Mitchell
  • Scénario : Philippa Goslett, John Cameron Mitchell
  • d'après : la nouvelle How to Talk to Girls at Parties
  • de : Neil Gaiman
  • Image : Frank G. DeMarco
  • Décors : Helen Scott
  • Costumes : Sandy Powell
  • Montage : Brian A. Kates
  • Musique : Nico Muhly, Matmos, Xiu Xiu, A.C. Newman, Ezra Furman, John Cameron Mitchell
  • Producteur(s) : Howard Gertler, Iain Canning, Emile Sherman, John Cameron Mitchell
  • Production : See-Saw Films
  • Interprétation : Elle Fanning (Zan), Alex Sharp (Enn), Nicole Kidman (Boadicea), Ruth Wilson (PT Stella)
  • Distributeur : ARP Sélection
  • Date de sortie : 20 juin 2018
  • Durée : 1h42

How to Talk to Girls at Parties

de John Cameron Mitchell

Faire jeune


Faire jeune

Rien n’est vraiment désagréable dans How to Talk to Girls at Parties, le nouveau long-métrage de John Cameron Mitchell, qui a mis plus d’un an à sortir depuis sa présentation hors compétition au Festival de Cannes 2017. Sur le modèle du teen-movie initiatique halluciné — dont la référence première reste Gregg Araki — le film brasse large et amuse parfois. D’abord par la façon désinvolte de Mitchell à redistribuer tous les passages obligés du genre (récit initiatique, rupture générationnelle, découverte des sentiments et des corps, sentiment de liberté etc.) dans l’univers extravagant qu’il a concocté. Le jeune Enn (Alex Sharp) et ses amis voient dans le mouvement punk un moyen de se débarrasser de la tutelle étouffante de leur famille ringarde et royaliste mais, refoulés des lieux les plus convoités, ils découvrent une étrange communauté venue d’ailleurs ou des jeunes créatures sont initiées au plaisir de la Terre avant de retourner dans leur monde stérile. Ensuite, pour le plaisir fétichiste que le film développe sur la reconstitution d’une époque et de ses costumes — qu’ils soient les accoutrements rock-punk des adolescents, leurs vestes en cuir, les tours de cou cloutés, le rimmel qui coule autour des yeux ou les combinaisons moulantes et fluorescentes, très seventies des extraterrestres — qui laisse transparaitre, en filigrane, les nombreuses références souterraines d’une culture et d’un folklore britanniques plus ou moins déviants, de Sid and Nancy d’Alex Cox à Zardoz de John Boorman en passant par Alan Clarke et Derek Jarman pour le cinéma, jusqu’aux immeubles futuristes des romans de J.G. Ballard. Les deux entités (jeunes rockeurs et aliens) se reconnaissent ainsi dans un système de vases communicants, entre anormaux, fuyant un monde trop rigide.

Si cet enrobage de conte baroque n’est pas dénué de charme, il ne fonctionne qu’à la surface d’un film qui ne résiste jamais à une observation plus en profondeur. Dès lors, le caractère policé se craquelle et laisse apparaitre un biais beaucoup trop roublard. Entre la frontalité délibérée de Shortbus — chronique sexuelle new-yorkaise que l’on jugeait déjà fade à l’époque — et la platitude académique de Rabbit Hole, où se situe How to Talk to Girls at Parties ? À exacte équidistance, semble-t-il : dans l’affirmation volontariste d’une contre-culture et le constat d’un film en dérapage contrôlé, bien sous tous rapports. C’est principalement ce qui finit par agacer et décevoir le plus : l’équilibrisme consensuel témoigne beaucoup plus d’une œuvre petite-bourgeoise qui se rêve insolente mais qui ne peut faire autrement que s’en remettre à ses atouts de cinéma bien loti, en premier lieu son casting de stars (Nicole Kidman, Elle Fanning). La dégaine de l’actrice australienne transformée en diva punk, perruque peroxydée et hurlements dans le micro — beaucoup trop affichée pour être honnête et crédible — met la puce à l’oreille : Mitchell pense son travail plus comme un produit d’appel, saturé de clins d’œil pour initiés nostalgiques et cramponné à la performance certifiée de ses têtes d’affiches. Tout cela trahit un faux-film de jeune qui camoufle sa désuétude dans une effervescence brouillonne, simulant le dérèglement et la liesse sans en être dupe lui-même, enchaînant quiproquos et situations burlesques grossières sans la passion débordante nécessaire pour communiquer l’énergie dont il se vante. Brillant de loin, How to Talk to Girls at Parties s’agite beaucoup, puis aguiche, insiste lourdement et exaspère : difficile, avec un titre qui assume si pleinement un caractère éducatif sur l’art du flirt, de paraître, finalement, autant à côté de la plaque sans soulever la moindre mélancolie.

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