Human
Human
    • Human
    • France
    •  - 
    • 2015
  • Réalisation : Yann Arthus-Bertrand
  • Image : Bruno Cusa, Yazid Tizi, Erik Van Laere
  • Montage : Françoise Bernard, Anne-Marie Sangla
  • Musique : Armand Amar
  • Producteur(s) : Jean-Yves Robin, Éric Salemi
  • Distributeur : Paname Distribution
  • Date de sortie : 12 septembre 2015
  • Durée : 3h11
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Human

réalisé par Yann Arthus-Bertrand

Le photographe réalisateur Yann Arthus-Bertrand a beau continuer à survoler les cinq continents, il atterrit avec Human au milieu des êtres qui peuplent la planète qu’il a maintes fois arpentée. Mêlant images aériennes de paysages et témoignages face caméra de dizaines d’intervenants de tout horizon, le film monstre (3h11 tout de même) essaie de synthétiser les liens invisibles qui unissent les hommes et la Terre, la cruauté des uns face à la beauté de l’autre.

Un patchwork décousu

Ce vaste programme ne s’embarrasse pas d’expliciter quelles interactions peuvent être à l’œuvre dans cette mise en parallèle. En premier lieu, les thèmes évoqués étonnent par leur aspect décousu. Un soldat israélien raconte son expérience extrême du conflit qui ronge son pays tandis qu’un jeune Libanais revendique son homosexualité, une femme africaine parle de son rapport à la maternité, suivie d’un sans-abri français abordant la pauvreté. Ce patchwork oral, soutenu par une réalisation épurée (fond noir, plan séquence serré) soulève indubitablement des questionnements : l’écologie, les rapports nord/sud, la redistribution des richesses, la guerre… Malgré l’intérêt évident de ces interrogations, la succession de ces déclarations traitées visuellement de manière égalitaire pose un problème de hiérarchisation. En mettant sur un pied d’égalité la parole d’une victime de génocide et celle d’une victime d’homophobie, le réalisateur gomme la complexité du monde au profit d’une lecture simpliste, préférant remplir son film de mots plutôt que de sens. Si l’indignation du spectateur semble la cible de Human, et il parvient sans mal (montage et musique concourent à ce chantage émotionnel), le film n’alimente guère la réflexion quant aux maux qui rongent les sociétés (conflits religieux, ethniques, politiques, géostratégiques…).

Un diptyque bancal

Comment dès lors appréhender pleinement la pertinence de la mise en parallèle de ces « déclarations » avec les vues aériennes qui caractérisent le travail de Yann Arthus-Bertrand. La splendeur des décors qu’il déroule toutes les huit/dix minutes (construction du film qui alterne apnée des témoignages et respirations paysagères) cache en son sein une duplicité pernicieuse, une sorte de piège esthétique qui interdit toute remise en question du parti-pris de YAB. Tandis qu’on contemple les rizières du sud-est asiatique ou les steppes mongoles, impossible de questionner l’image, son but ou même sa réalisation. Ainsi la compensation carbone dont YAB se targue est à elle seule un contresens aux imprécations de décroissance sous-jacente à Human (payer plutôt que modifier son mode de consommation ou de production).

L’opposition littérale qui transparaît entre la beauté primaire de la nature et la brutalité des hommes entre eux creuse un peu plus le sillon d’une vision manichéenne qui envisagerait l’homme comme un quasi parasite terrestre, détruisant à la fois son environnement et ses congénères. Si le montage offre quelques moments de béatitude humaine (un handicapé heureux de son sort car il a découvert le « vrai » sens de la vie) ou de rébellion face au système (le coup de gueule d’une femme acculée à une paupérisation dramatique, la faute à une multinationale sans scrupule), l’enfilade de portraits se contente de stimuler, à grands renforts musicaux, au mieux les glandes lacrymales (les pleurs de certains intervenants en plan séquence mettent mal à l’aise), au pire le sentiment de culpabilité du public occidental, à qui le film est destiné. Sans assumer son propos inculpatoire du mode de vie des pays industrialisés (le film étant produit par la famille Bettencourt, un exemple de multinationale prompte au greenwashing), Human titille la mauvaise conscience des « riches » du monde vis-à-vis des laissés pour compte à moindre frais, déchargeant le collectif de ses responsabilités pour faire porter le fardeau à l’individu. Une bien longue démonstration inaboutie qui schématise plus qu’elle n’explique, loin, très loin du travail de Godfrey Reggio (la trilogie des «Qatsi») qui en son temps avait réussi une symbiose signifiante de la Terre et de ses habitants.