Isolation

Isolation

de Billy O'Brien

  • Isolation

  • Angleterre, Irlande2005
  • Réalisation : Billy O'Brien
  • Scénario : Billy O'Brien
  • Image : Robbie Ryan
  • Montage : Justinian Buckley
  • Musique : Adrian Johnston
  • Producteur(s) : Ruth Kenley-Letts, Bertrand Faivre, Ed Guiney
  • Interprétation : John Lynch (Dan Reilly), Essie Davis (Orla), Ruth Negga (Mary), Sean Harris (Jamie), Marcel Iures (John)...
  • Date de sortie : 7 juin 2006
  • Durée : 1h34

Isolation

de Billy O'Brien

Vache folle


Vache folle

Après The Descent de Neil Marshall, sorti l’an dernier, Isolation serait-il la preuve que le renouveau du cinéma d’épouvante vient d’outre-Manche ? Oui, à en croire le jury de Gérardmer, qui lui a décerné en janvier son Grand Prix ainsi que le Prix de la critique internationale. Les deux films partagent d’ailleurs quelques points communs : une même volonté de faire surgir l’horreur d’un environnement naturel, une farouche détermination à coller au plus près du réel pour créer une peur crédible et viscérale, qui vient chercher le spectateur en lui empoignant les tripes. Pas de doute : là où le cinéma fantastique américain continue de naviguer entre remakes et formules éprouvées pour jeunes actrices blondes équipées en décolletés, là où les Japonais s’épuisent à recycler des histoires de fantômes aux cheveux gras, nos voisins anglo-saxons inventent un nouveau genre, le film d’horreur social. Un peu comme si Ken Loach et Wes Craven accouchaient d’une progéniture merveilleusement difforme. Si l’on ajoute Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2005), une parodie des films de zombies de Romero qui réussissait l’exploit d’être drôle, effrayant et parfaitement pertinent dans son commentaire sur la working-class anglaise (celle des pubs et des fish and chips), on se surprend à guetter chaque film de ces jeunes cinéastes avec impatience.

Force est de constater que Billy O’Brien, dont Isolation est le premier long métrage, fait preuve d’une sacrée maîtrise dans l’art du suspense et de la montée de l’angoisse. Dès les premières minutes, le décor est planté : une exploitation agricole perdue dans la campagne irlandaise, un propriétaire accablé par les dettes qui vivote en « prêtant » son bétail à des laborantins peu scrupuleux, une vache sur le point de mettre bas et un curieux couple venu planter sa caravane juste à côté : on se croirait presque chez François Dupeyron, période C’est quoi la vie ? O’Brien part d’une vérité sociologique (le désastre économique qui laisse la plupart des agriculteurs européens sur le carreau) pour jouer avec des peurs collectives très contemporaines : la maladie de la vache folle, le clonage et autres manipulations génétiques. D’un postulat de départ qui aurait pu tout aussi bien être celui d’une chronique sociale, il réussit à glisser vers un malaise diffus mais tenace, dont la lente progression vers une horreur inqualifiable évoque de temps à autre la même mécanique de la peur que Friedkin dans L’Exorciste, par exemple. Une simple auscultation vétérinaire devient, dans Isolation, particulièrement traumatisante…

Caméra à l’épaule, éclairage minimaliste, comédiens physiquement crédibles : Billy O’Brien crée un environnement dénué de tout artifice pour un résultat criant de vérité. Cet improbable mélange entre un réalisme presque radical et un scénario cauchemardesque à souhait est pour beaucoup dans la réussite de Isolation. Une intrigue secondaire (un jeune couple vient se planquer à côté de la ferme, pourchassé par la famille de la jeune femme qui ne voit pas cette liaison d’un très bon œil) renforce efficacement cette volonté de crédibiliser l’histoire en la racontant du point de vue de personnages qui ressemblent à tout un chacun. La recette est vieille comme le monde, mais preuve en est qu’elle fonctionne : l’identification avec les héros est pour beaucoup dans la réussite du film.

S’acquittant fort bien de quelques passages obligés qui rendent hommage à des classiques du genre tels qu’Alien, Les Dents de la mer ou The Thing, Billy O’Brien maintient une certaine pression pendant les trois quarts du film mais, hélas, rate son final : faute de moyens, sa « créature » est plus ridicule qu’effrayante. Le réalisateur aurait gagné à ne pas la montrer du tout car dès lors, Isolation retombe comme un soufflé. Mais qu’importe, finalement : être capable de renouveler un genre exsangue est déjà une belle réussite, et si Billy O’Brien ne se fait pas trop vite débaucher par une industrie hollywoodienne en manque cruel de sang neuf, on peut espérer qu’il continuera encore longtemps d’alimenter nos pires cauchemars…

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