Si Jack se présente comme une chronique de l’enfance délaissée, le film ne manque pas de filiation. De nombreux réalisateurs ont déjà exploré cette thématique, à tel point que la figure du petit garçon livré à lui-même, grandissant bon gré mal gré dans un environnement précaire, s’est imposée comme un motif reconnaissable, donnant naissance à un genre à part entière. Impossible notamment de ne pas songer ici au cinéma des frères Dardenne, dont Edward Berger semble vouloir retrouver l’énergie brute et la mise en scène viscérale. Sur le modèle du Gamin au vélo, la caméra épouse sans relâche le point de vue d’un héros toujours en mouvement : placé dans un foyer sur décision des services sociaux, Jack, 10 ans, finit par fuguer et cherche par tous les moyens à retrouver sa mère, jeune femme aimante mais irresponsable. Emportant avec lui son cadet Manuel, tous deux ne trouvent que portes closes et déambulent, trois jours durant, en plein cœur de Berlin.
Sur cette trame déjà éprouvée, le scénario ménage peu de surprises, d’autant plus que l’écriture reste plutôt simpliste. Courageux et débrouillard, Jack paraît taillé d’un seul bloc et offre un profil bien trop lisse, chargé de toutes les qualités – sensibilité, intelligence, détermination – sans que soient creusés ses états d’âme. De même, les personnages secondaires demeurent assez sommairement dessinés. Manuel n’est au bout du compte qu’un charmant pantin que l’on promène de rue en rue, et dont la mine fatiguée vise avant tout à émouvoir. Le centre d’accueil où Jack évolue au début n’existe qu’à travers des séquences attendues, où il rencontre successivement un potentiel ami (un gentil orphelin qui observe les oiseaux à travers ses jumelles) et un violent rival (un adolescent batailleur). Par ailleurs les adultes croisés au fil du récit n’ont pour la plupart droit qu’à un traitement expéditif : confrontés à la situation dramatique de ces enfants, ils sont au mieux indifférents, au pire négligents et cruels. En forçant ainsi le trait, Edward Berger peine à convaincre sur la durée, et la crédibilité de l’ensemble s’effondre parfois sous la tentation du pathos. Ces faiblesses atténuent la portée du film, l’empêchent d’atteindre une certaine âpreté, une véritable singularité. Sur un sujet proche, d’autres cinéastes ont su imposer leur patte et proposer une direction plus originale, telle Ursula Meier cultivant l’ambiguïté des rapports mère/fils de façon plus approfondie dans L’Enfant d’en haut. Appliqué dans ses bonnes intentions, Jack reste quant à lui très sage d’un bout à l’autre.