Jalouse
© StudioCanal
Jalouse
    • Jalouse
    • France
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
  • Scénario : David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
  • Image : Guillaume Deffontaines
  • Décors : Marie Cheminal
  • Costumes : Emmanuelle Youchnovski
  • Montage : Virginie Bruant
  • Musique : Paul-Marie Barbier, Julien Grunberg
  • Producteur(s) : Éric Altmayer, Nicolas Altmayer
  • Production : Mandarin Cinéma, Mandarin Films
  • Interprétation : Karine Viard (Nathalie), Anne Dorval (Sophie), Thibault de Montalembert (Jean-Pierre), Anaïs Demoustier (Mélanie), Dara Tombroff (Mathilde), Bruno Todeschini (Sébastien), Marie-Julie Baup (Isabelle), Corentin Fila (Félix)
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 8 novembre 2017
  • Durée : 1h42

Jalouse

Pimpante quadragénaire, Nathalie Pêcheux a tout pour être heureuse : brillante professeure de lettres en khâgne, mère d’une adolescente de dix-huit ans au caractère facile, elle est bien entourée et a su même rester en bons termes avec son ex-mari qui l’a quittée pour une femme plus jeune et plus écervelée qu’elle. Mais Nathalie va vite comprendre qu’elle est à une période critique de son existence : à l’approche de la ménopause (parce qu’il faut toujours une explication hormonale à l’hystérie), frustrée sexuellement (parce que c’est forcément là que l’aigreur vient trouver son terreau), elle perd peu à peu le contrôle de son existence. Tout semble commencer le soir de la fête-surprise d’anniversaire de sa famille : sa jalousie à l’égard des autres (sa fille qui bénéficie de l’amour indéfectible de son petit ami, sa meilleure amie toujours heureuse après vingt ans de mariage, etc.) se manifeste sans le moindre filtre. De plus en plus irritable, manipulatrice, culpabilisante mais toujours sûre de son bon droit, Nathalie commence à faire vivre un enfer à sa famille, ses amis et ses collègues qui finissent progressivement par lui tourner le dos.

Vous les femmes

Il est difficile de ne pas être interpelé par l’argument comique un peu douteux sur lequel repose la nouvelle comédie de David et Stéphane Foenkinos : garce en puissance que l’on adore détester, le personnage de Nathalie confirme à peu près tous les stéréotypes misogynes qui font légion. Incapable de contrôler ses émotions et totalement dépassée par la puissance de son inconscient, elle fait en revanche face à des hommes (son ex-mari, un homme qu’on vient de lui présenter, le mari de sa meilleure amie, le proviseur) qui, eux, restent imperturbables face à ses excès et finissent toujours par la ramener à la raison. Dans une drôle de scène où la professeure fait face à une nouvelle recrue qui lui fait concurrence (Anaïs Demoustier), le dialogue vachard qui se met rapidement en place (à coups de vannes bien balancées sur l’état de frustration de notre héroïne) laisse presque entendre que chaque femme de pouvoir se prédestinera à un moment à cet état borderline, incapable de trouver un équilibre entre son appétit dévorant et ce que la vie est en mesure de lui donner. On pourra en tous cas aisément comprendre que certains grincent des dents face à ce portrait de femme qui ne fait pas dans la dentelle.

Le bal des actrices

En dépit de toutes ses limites, Jalouse n’est pas totalement dépourvu de qualités. Si la mise en scène ne brille d’aucun génie particulier et semble être entièrement mise au service de l’actrice principale, c’est plutôt du côté de l’écriture qu’on pourra trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Le scénario, plutôt bien ficelé malgré une première partie poussive, et les dialogues, toujours alertes, se gardent bien de sombrer dans le sentimentalisme facile ou de résoudre d’un coup de baguette magique les enjeux amorcés par les dérives de Nathalie. Plutôt bien dessinés et évitant de peu la caricature (notamment la seconde épouse un peu idiote), les personnages secondaires permettent au film de bénéficier de quelques appels d’air et d’offrir quelques contrechamps à ce qui constitue la trop omniprésente colonne vertébrale du film. Une jolie parenthèse se dessine même dans le dernier quart du film : alors qu’elle semble avoir atteint un point de non-retour, la protagoniste fait la connaissance d’une vieille femme bienveillante auprès de laquelle elle s’épanche sur son mal-être. Dans ce court instant, le récit emprunte un chemin de traverse bienvenu, ne faisant plus de l’abattage – d’une efficacité redoutable, il faut le reconnaître – de Karin Viard le seul argument du film. L’actrice parvient toutefois à s’affranchir d’un dispositif filmique trop recroquevillé sur lui-même en jouant habilement de son corps, capable de passer en un quart de seconde de la séduction assurée à l’embarras. C’est dire si Jalouse lui doit beaucoup.