On trouvera dans Joseph et la fille de nombreux ingrédients du précédent long du réalisateur, Frères (2003) : des malfrats, le passé carcéral, des personnages qui apprennent à se domestiquer, des familles éclatées. On ne sait pas très bien comment Xavier de Choudens a cuisiné tout ça, mais le recette est un complet ratage : ni goût, ni texture, ni odeur, sinon celle du navet.
L’intrigue met en scène un tandem improbable, celui formé par Joseph (Jacques Dutronc), une vieille carcasse fatiguée, et Julie (Hafsia Herzi), une jeune fille qui assiste son mec dans ses petits trafics. Opposition générationnelle donc, entre ce vestige qui sort de prison après 20 ans de détention et ladite donzelle, petite frappe sans envergure. En deux décennies, les temps ont changé : sorte d’artiste gentleman cambrioleur esthète – il lit ! –, Joseph retrouve un monde « où il n’y a plus que des racailles », dont est, si on suit bien, Julie. Pour commencer, elle lui assène un monumental coup de poêle sur le crâne alors qu’il pénètre dans la maison bourgeoise décrépie d’un ami et complice. Celui-ci se révèle mort, et c’est sa fille qui joue le rôle de maîtresse de maison un brin revêche. L’arc narratif principal de Joseph et la fille est l’histoire de cet apprivoisement, puis de la séduction et enfin de l’amour improbable entre cet Arsène Lupin en fin de cycle et la volcanique Julie.
On se dit pourquoi pas, d’autant que le casting est prometteur et ne manque pas de charme, ni la rencontre de Jacques Dutronc et d’Hafsia Herzi de piquer la curiosité. Malheureusement, Xavier de Choudens signe un métrage d’une navrante transparence. Se pose notamment le problème d’un scénario – il est en l’auteur – dont on perçoit la moindre des coutures, si bien que le film prend parfois la forme d’une initiation à l’écriture scénaristique ; une bonne occasion pour réviser son schéma actantiel une bonne fois pour toutes : le tandem (sujets/héros) monte un coup (quête/objet) consistant à dévaliser le coffre d’un casino ; sur leur route, opposants et adjuvants déferlent. Les personnages secondaires sont à peine esquissés, on croit souvent à une mauvaise blague. Les anciens complices de Joseph ne bénéficient pas de la moindre substance, relégués au rang de post-it sur un plan de travail accroché au mur.
Xavier de Choudens cherche à insuffler du style, la photographie et les cadres sont soignés, hiérarchisés par les zones de netteté. Les gros plans sont attentifs aux visages et corps qu’il a visiblement plaisir à observer devant sa caméra. Mais ceci sans parvenir à distiller un peu de sensibilité et de sensualité, on perçoit assez mal – ce qui est tout de même un immense problème – comment naît et évolue la relation entre Joseph et Julie[1]La comparaison est d’autant plus cruelle alors qu’on vient de voir Tournée de Mathieu Amalric, avec cette éblouissante et fugitive scène de séduction entre le personnage principal et la caissière de la station-service., la caméra n’arrive pas à capter le moindre moment de basculement, ni même de trouble. En fait, on retrouve à ce sujet une intentionnalité et une transparence qui rendent ces efforts complètement vains, aboutissant au déroulement visuel du scénario, avec un manque total d’aspérité et de mystère. Pour un réalisateur qui tient à signaler dans le dossier de presse qu’il est un autodidacte, on s’étonne de l’aspect si lisse et scolaire de son film, chose que l’on reproche très souvent, à tort ou/et à raison, aux ressortissants des écoles de cinéma. À ce propos, Joseph et la fille est un cas à présenter à tous les étudiants de France et de Navarre, en guise d’avertissement.