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Kyuka — Avant la fin de l’été

Kyuka — Avant la fin de l’été

de Kostis Charamountanis

  • Kyuka — Avant la fin de l’été
  • (Kyuka - Before Summer's End)

  • Grèce, Macédoine du Nord2024
  • Réalisation : Kostis Charamountanis
  • Scénario : Kostis Charamountanis
  • Image : Konstantinos Koukoulios
  • Décors : Vasilina Kouliou
  • Costumes : Konstantinos Georgopoulos, Vasilina Kouliou
  • Son : Nikos Konstantinou
  • Montage : Kostis Charamountanis, Lambis Charalambidis
  • Musique : Kostis Charamountanis
  • Producteur(s) : Marija Dimitrova, Giorgos Karnavas, Konstantinos Kontovrakis
  • Production : Heretic, List Production
  • Interprétation : Simeon Tsakiris (Babis), Elsa Lekakou (Elsa), Konstantinos Georgopoulos (Konstantinos), Afroditi Kapokaki (Artemis), Elena Topalidou (Anna)...
  • Distributeur : The Dark
  • Date de sortie : 16 avril 2025
  • Durée : 1h45

Kyuka — Avant la fin de l’été

de Kostis Charamountanis

Ces hésitations de l'été


Ces hésitations de l'été

Pour son premier long-métrage, Kostis Charamountanis investit les codes du film estival : un frère et une sœur (Konstantinos et Elsa) partent en voilier pour des vacances sur l’île de Poros, accompagnés par leur père, Babis. Ce que ce dernier ne leur a pas dit, c’est qu’Anna, leur mère qui les a abandonnés bébés, espère les rencontrer au cours de leur séjour. Le charme du premier mouvement du film, simplement consacré aux microaventures des vacanciers (baignades, mal de mer, pêche, etc.), repose en partie sur la complicité de la fratrie. Les deux grands adolescents (ou jeunes adultes) s’entendent en effet d’une façon singulière (avec des jeux qui n’appartiennent qu’à eux, entre chambrages divers et regards complices), au point que leur joie devient communicative. Dans ces scènes, Kyuka s’imprègne de l’émotion propre à un film de vacances amateur, donnant à son meilleur la sensation d’avoir retrouvé des cassettes mini-DV familiales au fond d’un vieux tiroir poussiéreux.

Charamountanis a cependant des ambitions plus grandes, ce que pointe notamment une forme de maniérisme à la Alice Rohrwacher. On retrouve en effet ici le goût de l’artifice de la cinéaste italienne, très présent dans ses derniers films (La ChimèreLe Pupille) : outre le format 1:33, vignetté aux angles, et le faux grain imitant le 16 mm, le film recourt à de multiples effets, avec des résultats plus ou moins heureux. Boucles de plans, montage de photographies ou arrêts sur image constituent autant de détours et de détournements (la répétition frénétique d’une chute dans l’eau évoquant par exemple un montage parodique de bêtisier) qui, sans s’intégrer toujours au mouvement général du film, témoignent surtout de la gourmandise du cinéaste. De ce magma d’idées inégales se dégage toutefois au moins une très belle trouvaille, consistant à montrer une scène décisive à l’envers. Avec sa nouvelle famille, Anna est conviée à dîner sur le bateau où l’attendent Konstantinos et Elsa, ce qu’elle ignore (il s’agit d’une sorte de « piège » fomenté par le père, qui est passé par le nouveau conjoint de son ex-compagne). À rebours de ce que l’on pourrait attendre, la séquence ne commence ni par le moment où la mère découvre que son ex-compagnon est derrière l’invitation, ni même par l’arrivée sur le bateau. Charamountanis choisit un entre-deux : le trajet du port jusqu’au bateau au large, sur une annexe, avance à reculons, avec la fumée des cigarettes qui entre dans les bouches des fumeurs au lieu d’en sortir. Ce rembobinage, en retardant les confrontations attendues, permet d’observer avec une mélancolie décuplée cet instant suspendu, jusqu’à « l’arrivée » au quai, qui voit chaque invité mettre pied à terre au lieu de monter sur l’annexe, et le visage de la mère passer d’une expression neutre de façade à une surprise impossible à déguiser totalement. Si le film, par ses hésitations stylistiques, donne parfois la sensation de se chercher (on passe occasionnellement de scènes très découpées et tournées à l’épaule à de longs plans fixes dans la séquence suivante), cette esthétique composite s’accorde au fond assez bien avec un certain « sentiment de l’été » que le cinéaste entend capter – il s’agit après tout de la saison idéale pour les tentatives, les découvertes et les retrouvailles inespérées.

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