Des histoires d’amour en Italie, de l’humour, des stars. Un moment frais et pétillant en perspective ? Si seulement ! Giovanni Veronesi en est au troisième volet de ses Manuale d’Amore et il patauge toujours.
Un trentenaire qui vit un dernier frisson avant le mariage en s’autorisant une aventure avec une blonde dévergondée ; un quarantenaire qui voit son mariage mis en péril par sa rencontre fortuite avec une femme aux fantasmes excentriques ; un homme retraité qui tombe sous le charme de la fille de l’un de ses amis. Voici les trois histoires dont est composé L’amour a ses raisons. Trois petites leçons de vie qui se veulent humoristiques, mais au fil desquelles le film parvient surtout à accumuler une somme de lieux communs étourdissante : on se court après sur la plage, on s’embrasse devant un feu d’artifice, on débloque accidentellement le frein à main de sa voiture pendant ses ébats…
Rien de grave jusque-là. Ce qui est plus dérangeant est la façon dont le film véhicule sans une once de recul une vision du monde des plus machistes. Les trois histoires sont racontées du point de vue de trois hommes : l’un est avocat, l’autre présentateur de journal télévisé, le troisième est un éminent professeur d’histoire retraité. Deux d’entre eux sont mariés à de belles femmes (sans profession connue) et il faut croire que tous trois détiennent un sex-appeal hors du commun puisque chacun va rencontrer une sublime donzelle qui se jettera immédiatement sur lui. C’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas tout : l’un de ces femmes est stripteaseuse, une autre souffre de troubles bipolaires, mais les trois sont de gentilles filles sensibles, au fond.
Le discours du film va donc assez loin dans l’abjection, mais ce qui est encore plus épatant est que la forme égale le fond. Dès le début, les fautes de goût commencent à pleuvoir. On est d’abord légèrement étonné par le générique assez vieillot, puis l’on pense avoir été parachuté dans une publicité pour automobile. Mais non ! Ce jeune homme avec son arbalète qui s’adresse à nous devant un fond noir, c’est Cupidon ! Oui, Cupidon est à ses heures chauffeur de taxi. Le film va ainsi de lourdeurs en lourdeurs, de caricatures en caricatures, répétant les quelques gags amusants et surlignant par la bande-son chaque instant estampillé « émotion ».
Il est alors assez étrange de voir surgir dans ce contexte Robert De Niro et Monica Bellucci. Certes, ni l’un ni l’autre ne craignent de s’engager dans des projets qui frôlent le non-cinéma, mais l’on se demande tout de même comment un tel scénario a pu leur paraître alléchant. Qu’ils soient en tout cas remerciés de cette audace : elle permettra au spectateur plus ou moins cinéphile de s’amuser à regarder ces deux acteurs évoluer dans un cadre aussi aberrant. Par leur aura chargée de rôles passés, ils apportent un trouble presque agréable à la troisième partie du film. Si l’on est bon public, on pourra également prendre un certain plaisir à voir De Niro assumer son âge, ce que le film gâche peu à peu en démontrant que le professeur Adrian n’a finalement rien perdu de sa vigueur.
Il y a quelque chose de presque admirable dans le fait que l’on puisse encore aujourd’hui se permettre de telles choses au cinéma – si tant est que l’on soit assez magnanime pour considérer tout produit ayant le privilège d’être diffusé en salles comme étant « du cinéma ». Ce film, qui semble n’avoir d’autre ambition que celle d’émoustiller quelques hommes mûrs et de les conforter dans une image idéalisée d’eux-mêmes, nous démontre une nouvelle fois à quel point le sens de ce mot est vaste.