L’Empire des Rastelli

L’Empire des Rastelli

de Andrea Molaioli

  • L’Empire des Rastelli
  • (Il Gioiellino)

  • Italie2010
  • Réalisation : Andrea Molaioli
  • Scénario : Ludovica Rampoldi, Gabriele Romagnoli, Andrea Molaioli
  • Image : Luca Bigazzi
  • Décors : Alessandra Mura
  • Costumes : Rossano Marchi
  • Montage : Giogiò Franchini
  • Musique : Teho Teardo
  • Production : Babe Films, Indigo Film
  • Interprétation : Toni Servillo (Ernesto Botta), Remo Girone (Amanzio Rastelli), Sarah Felberbaum (Laura Aliprandi), Lino Guanciale (Filippo Magnaghi)...
  • Date de sortie : 28 décembre 2011
  • Durée : 1h50

L’Empire des Rastelli

de Andrea Molaioli

Le sens des affaires


Le sens des affaires

S’il lui manque un Cavaliere (ciao Silvio, à bientôt!) défiguré par la chirurgie esthétique et une atmosphère davantage « bunga bunga », L’Empire des Rastelli n’est pas sans renvoyer à une grande botte miniature saisie entre abus et dérives.

Au début des années 1990, c’est l’euphorie ; l’Europe étant libérée du communisme, on va enfin pouvoir passer aux choses sérieuses : fin de l’histoire et voie royale des marchés. Une époque où Leda, prospère entreprise (le titre original est Il Gioiellino, « le petit bijou ») basée dans une tranquille cité provinciale, entame son ascension vers les hautes sphères pour devenir une multinationale de premier plan de l’industrie agro-alimentaire. Avec pour cheville ouvrière et chef d’orchestre, Ernesto Botta, un comptable dévoué, taciturne, retors et cynique. L’Empire des Rastelli suit le rail du thriller économico-entrepreneurial avec son lot de corruption, compromissions et collusions – politiques et spirituelles (oh my god!). Ceci en marchant sur les traces d’un world cinema qui lorgne du côté d’une efficacité et d’un savoir-faire hollywoodiens. Andrea Molaioli fournit un produit qui tient debout ; malgré la technicité, le récit est fluide, appuyé par une réalisation rythmée, sachant ménager des ruptures pour piquer le film d’une nervosité, le colorer d’une intrigue sentimentale ou d’une atmosphère d’espionnage lorsqu’on atterrit à Moscou.

Directement inspiré des vicissitudes de la firme Parmalat, L’Empire des Rastelli pointe les dérives de la financiarisation, avec quelques répliques qui visent le centre de la cible : « Si on n’a pas d’argent, inventons-le » ; sorte de slogan bien réel et actuel de montages financiers ubuesques. De même que le film ne manque pas de mettre en valeur un adage trop bien connu : privatisation des profits, socialisation des pertes. Mais si le produit « Empire Rastelli » fonctionne, on n’a pas envie de succomber – un peu comme face à un banquier qui semble vous vouloir un peu de trop de bien. Parce qu’il faut se farcir le numéro de Toni Servillo (sorte de Depardieu transalpin ne pouvant jouer autre chose que lui-même), qui nous ressert du Il Divo à peine réchauffé – même très frais, plat tout à fait indigeste. Puis surtout, une idée fait assez rapidement son chemin ; l’ironie cruelle et cynique qui préside au ton du film emprunte largement à ce qu’il prétend dénoncer. C’est ce que l’on appelle le syndrome du serpent qui se mord la queue.

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