La Balade de Babouchka / L’Ogre de la taïga

La Balade de Babouchka / L’Ogre de la taïga

  • La Balade de Babouchka / L’Ogre de la taïga

  • Russie2005 à 2010
  • Scénario : Alexander Tatarsky (chef de projet)
  • Producteur(s) : Igor Gelashvili, Irina Kaplichnaya
  • Production : Pilot
  • Le Rossignol, Alexandre Tatarsky, 2006
    La Maison des biquettes, Eduard Nazarov, Marina Karpova, 2009
    Histoires d’ours, Mikhaïl Aldashin, 2007
    Zhiharka, Oleg Uzhinov, 2006
    Le Chat et la renarde, Konstantin Bronzit, 2005
    Les Trois Chasseurs, Sergueï Merinov, 2010
    La Petite Khavroshka, Inga Korzhneva, 2007
    Gare aux loups !, Natalya Berezovaya, 2005
  • Date de sortie : 13 février 2013
  • Durée : 52min / 52min

La Balade de Babouchka / L’Ogre de la taïga

Constitué de quatre courts-métrages d’animation, La Balade de Babouchka fait partie du projet de grande ampleur La Montagne des joyaux. En 2004, Alexander Tatarsky, alors directeur artistique du studio d’animation Pilot, a en effet entrepris de produire la réalisation de 52 films courts d’animation, racontant chacun un conte du folklore russe. Cet ensemble, terminé en 2011 malgré le décès de son initiateur, propose de découvrir la diversité des légendes de cet immense pays. C’est donc tout à fait logiquement que Tatarsky a fait le choix de confier la réalisation des films à de nombreux cinéastes. Les Films du Préau, dont la qualité du travail de distribution et d’édition de films pour les tout petits n’est plus à démontrer, propose en salle en décembre un premier programme, suivi, au mois de février, d’un second, L’Ogre de la taïga.

Chacun des contes de ce pays est « aussi magnifique qu’une pierre précieuse », affirme le narrateur qui introduit chaque nouvelle histoire par une courte animation présentant les richesses des traditions russes empreintes de multiculturalisme. Au delà de ce fil conducteur animé en pâte à modeler, chaque film a été réalisé par une équipe différente, et selon des méthodes variées (papiers découpés, dessins, aquarelle, marionnettes…). Face à des styles très différents, il est naturel que le spectateur ne goûte pas avec un égal bonheur les histoires qui se succèdent. Les magnifiques saisons changeantes d’Histoires d’ours, dans lesquelles on apprend pourquoi les écureuils ont le dos rayé ou comment les carpes sont devenues plates, tranchent par exemple avec le vert agressif de La Maison des biquettes, traversé hystériquement par le petit Vassilek qui dévore une cabane constituée de crêpes. Les décors éthérés de la fable Le Rossignol, oiseau favori du sultan qui croit avoir tout pour être heureux, n’ont rien de commun avec la campagne bigarrée dans laquelle évolue l’espiègle Zhiharka, qui aime tellement s’amuser qu’elle est prête à accepter n’importe quel camarade de jeu… y compris la renarde qui en ferait bien son repas. Notons enfin que si ce programme est conseillé aux enfants à partir de deux ans, les histoires peuvent s’avérer difficiles à suivre, voire effrayantes pour de si petits, et qu’il peut sembler raisonnable de les préconiser plutôt pour des enfants de quatre ans, comme c’est le cas pour L’Ogre de la taïga.

Avec ce projet ambitieux, Alexander Tatarsky avait le désir de propager un idéal de tolérance au sein d’une nation complexe et plurielle, mais aussi de faire revivre la grandeur de l’animation russe. N’oublions pas, en effet, le travail accompli par le studio national Soyouzmoultfilm, créé en 1936. Le cinéma d’animation, considéré comme un excellent d’outil de communication auprès du peuple dès son jeune âge, bénéficiait alors de moyens très importants qui permirent à une véritable école d’animation d’émerger, depuis Youri Norstein qui disposa de tout le temps et des conditions techniques pour réaliser Le Hérisson dans le brouillard ou Le Conte des contes en passant par Garri Bardine qui y officia dans les années 1980. Face à l’autorité et au déclin de ce studio national, Pilot émergea en 1988, avec une forte volonté d’indépendance portée par Alexander Tatarsky et un groupe de jeunes gens travaillant pour la télévision d’État. C’est ce double désir de perpétuer la tradition de l’animation, longtemps à la pointe dans ce pays, tout en faisant un travail de collecte et de modernisation de son folklore avec des cinéastes comme Konstantin Bronzit (Au bout du monde, grand succès de festival sorti en 1999) qui sort aujourd’hui en France consacrant un travail de près de dix ans.

Suite de La Balade de Babouchka, L’Ogre de la taïga est conçu de la même façon : quatre courts-métrages, de réalisateurs et de styles différents reprenant des contes populaires russes. Toujours très ancrés dans le tradition rurale, ils mettent en scène des animaux de la ferme ou de la forêt, ainsi que des croyances fantastiques. Comme dans le précédent volet, la réalisation assurée par un cinéaste pour chaque film court rend l’ensemble assez inégal. Les dessins sont parfois assez laids (La Petite Khavroshka), et le piètre travail sur le doublage de la voix-off donne un ton un peu extérieur à l’ensemble de la bande-son. Dans la pure tradition du conte, les personnages sont pleins de ruse voire de malice, ont soit un cœur pur, soit sont d’une terrible méchanceté. Duo comique, le petit bouc énervé et le mouton tellement endormi que son acolyte doit le faire rouler à travers la campagne pour le sauver du couteau du fermier viennent incarner une dimension grotesque. Au-delà de cette veine populaire du conte, Les Trois Chasseurs, aux couleurs plus sombres et au récit enchâssé, plus complexe que les autres histoires, fait référence à la dimension cosmopolite de la Russie et met à l’honneur l’art du récit, capable, plus que tous les talents, d’attendrir le géant des forêts et de sauver la vie des trois conteurs.

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