La Belle Vie

La Belle Vie

de Jean Denizot

  • La Belle Vie

  • France2013
  • Réalisation : Jean Denizot
  • Scénario : Jean Denizot, Frédérique Moreau
  • Image : Elin Kirschfink
  • Décors : Laurent Lhermite
  • Costumes : Agnès Noden
  • Son : Marie-Clothilde Chery
  • Montage : Aurélien Manya
  • Musique : Luc Meilland
  • Producteur(s) : Mathieu Bompoint
  • Production : Mezzanine Films
  • Interprétation : Zacharie Chasseriaud (Sylvain), Solène Rigot (Gilda), Nicolas Bouchaud (Yves), Jules Pelissier (Pierre), Jean-Philippe Ecoffey (François), Maya Sansa (Eliane)...
  • Distributeur : Chrysalide Films
  • Date de sortie : 9 avril 2014
  • Durée : 1h33

La Belle Vie

de Jean Denizot

Les effrontés


Les effrontés

Il y a toujours fort à redouter d’un film qui s’inspire d’un fait divers : entre la tentation d’un sensationnalisme forcément racoleur et le risque d’un académisme pompier, les marges de manœuvre sont étroites pour les cinéastes qui tentent d’adapter à l’écran les soubresauts féroces et édifiants du quotidien. Pour son premier long, le réalisateur Jean Denizot s’est inspiré d’une histoire qui avait fortement marqué l’opinion en 2009 : celle de Xavier Fortin, arrêté et jugé après 12 ans de cavale avec ses deux enfants, enlevés à leur mère suite à leur séparation en 1997. Fait marquant du procès : les deux enfants, devenus adolescents, défendirent ardemment leur père à la barre. Celui-ci fut condamné à deux ans de prison dont 22 mois avec sursis mais, ayant déjà purgé deux mois de détention préventive, sortit libre de la salle d’audience.

Cinéma de gens

Pas de procès ni d’excès de scènes de courses-poursuites dans La Belle Vie : Jean Denizot verse plutôt dans un cinéma panthéiste proche d’un Malick ou d’un Jeff Nichols – à ce titre, la superbe photo signée Elin Kirschfink éloigne le film du tout-venant de la production française. Il y a là une ambition formelle qui fait plaisir à voir, un désir de beauté dénué de tout effet de mode et qui n’exclut pas une volonté de croire en la force du récit : bref, Jean Denizot fait du cinéma, pas un docu-fiction pour TF1. Et si le scénario reste proche du fait divers duquel il s’inspire, on sait gré au réalisateur de rester à distance de ses effets les plus spectaculaires sur le plan narratif pour se concentrer sur les états d’âme du plus jeune des deux enfants. La référence est on ne peut plus claire : Denizot montre dès le début du film le frère aîné en train de lire Huckleberry Finn, de Mark Twain… Des rives du Mississipi à celles de la Loire, du Nichols de Mud à cette Belle Vie, il n’y a qu’un fil que le cinéaste n’hésite pas à dérouler.

L’âge des possibles

Film d’apprentissage, La Belle Vie commence comme un road-movie campagnard où les trois fugitifs (le père et ses deux fils) tentent de mener une vie plus ou moins normale malgré la clandestinité et la crainte d’être découverts par la police ; très vite, le frère aîné (l’excellent Jules Pelissier, passé des plateaux de La Nouvelle Star à ceux du cinéma français) se fait la malle pour vivre sa vie. Reste au plus jeune, Sylvain (Zacharie Chasseriaud, très bien) de décider s’il désire poursuivre la route avec son père (Nicolas Bouchaud) ou pas. Sa rencontre avec la jeune et jolie Gilda (Solène Rigot) va précipiter sa décision… Cette partie, façon bluette sentimentale, est traitée avec beaucoup de finesse et de sensibilité, mais elle reste anecdotique et éloigne le film de ce qui en est le véritable cœur. À quoi sert de fuir, si c’est pour protéger une liberté illusoire ? Comment quitter le foyer familial pour acquérir son indépendance quand ce foyer n’existe pas, littéralement ? C’est dans ces contradictions que La Belle Vie émeut le plus : le père, comme le fils, savent qu’ils sont arrivés au bout du chemin, et cette prise de conscience donne au film une note crépusculaire que la mise en scène, humble héritière d’un John Ford, sait magnifier. La fin, ouverte, splendide, offre à son jeune personnage une piste qui mène à tous les possibles. On aimerait bien encore l’y suivre, un petit peu.

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