La Clinique de l’amour !

La Clinique de l’amour !

de Artus de Penguern

  • La Clinique de l’amour !

  • France2012
  • Réalisation : Artus de Penguern
  • Scénario : Artus de Penguern, Gábor Rassov, Jérôme L'Hotsky
  • Image : Vincent Mathias
  • Montage : Kako Kelber
  • Musique : Gast Waltzing
  • Producteur(s) : Nicolas Steil, Thibault Gast, Matthias Weber, Jésus González-Elvira, Artus de Penguern
  • Production : Iris Films, 2425 Films, Iris Productions
  • Interprétation : Bruno Salomone (Michael Marshal), Helena Noguerra (Priscilla Stevens), Artus de Penguern (John Marshal), Natacha Lindinger (Samantha Beach – ou Bitch?), Émilie Caen (Cathy), Michel Aumont (David Marshal), Anne Depetrini (Helen), Ged Marlon (Tom), Renaud Rutten (Marc), Dominique Lavanant (Mlle Phillips), Vernon Dobtcheff (Jonathan Stork), Annik Alane (Mme Santiago), Sofia Essaïdi (Jennifer Gomez)...
  • Distributeur : Rezo Films
  • Date de sortie : 27 juin 2012
  • Durée : 1h23

La Clinique de l’amour !

de Artus de Penguern

Usage interne


Usage interne

Du titre au générique de fin, La Clinique de l’amour ! s’en tient à son programme d’une demi-ligne : parodie par l’absurde de soap-opera. On devrait sans doute préciser « soap-opera hospitalier », mais le film d’Artus de Penguern se réfère moins aux avatars les plus vus et connus de ce genre (Grey’s Anatomy, voire les plus anciens Urgences et Chicago Hope) qu’à une forme bâtarde et pas vraiment pratiquée, une sorte d’Amour, gloire et beauté transposé dans un décor de clinique, ce milieu perdant encore de l’importance face à l’exécution renouvelée des conventions. D’où une certaine confusion dans les références qui nuit quelque peu à l’efficacité de la parodie, puisque celle-ci vise un matériau un brin abstrait dans la culture du spectateur.

Quoi qu’il en soit, Penguern et ses coscénaristes appliquent la parodie à deux niveaux. Le premier consiste à forcer les traits les plus caricaturaux d’un Amour, gloire et beauté en clinique, avec moult personnages en carton, agitation au bloc opératoire, tension sexuelle de pur cliché, coups de théâtre insensés. Le second niveau consiste à parasiter tout cela avec des éléments aussi aberrants que des chirurgiens particulièrement incompétents, des balles d’armes à feu aux trajectoires improbables et un ours à comportement humain. Le choix des éléments les plus absurdes rappelle avec insistance les géniaux blasphèmes des Monty Python, mais la comparaison tourne court. Les Britanniques s’attaquaient aux institutions en place, sociétales, littéraires, télévisuelles… ; or il est difficile de mesurer la même portée dans la parodie d’un matériau aussi limité — et vieillissant — que celui visé par Penguern. Pour reprendre un estimé camarade à propos des Tontons flingueurs : la parodie est faite de la même matière que les films qui lui sont destinés.

Tirs à courte portée

Pour dépasser les limites de cette matière, Penguern eût sans doute gagné à s’interroger sur ce qui sous-tend ce genre télévisuel, sur le contrat qu’il établit avec son public. Faute de quoi son film ne peut guère espérer être autre chose qu’une façon de rejouer les conventions qu’il caricature : spécimen certes outré, animé de quelques délires bien sentis, et qui laisse soupçonner qu’au fond Penguern prendrait lui-même un plaisir certain à se perdre dans de tels feuilletons, dans leur jeu grossier avec les attentes du spectateur, plaisir dont il se ferait ici l’écho en y injectant de l’humour absurde pour soulager le matériau de son sérieux papal. Tout juste sent-on que dans le processus, il tend à tirer la couverture à lui, en tout cas vers le personnage qu’il incarne avec ses mimiques familières d’acteur (grand timide au visage de cadre au bord de la crise de nerfs) : le médecin consciencieux, transi, trahi et un peu raté, le seul dont les mésaventures parfois burlesques visent manifestement à attirer la sympathie, tandis que tous les autres personnages en restent à leur état de schéma.

À l’image des loufoques trajectoires de balles (une qui ricoche vingt fois avant d’aller toucher un personnage extérieur à la scène pour l’y inclure ; une autre au ralenti et en vue subjective devant laquelle tout le monde s’écarte), La Clinique de l’amour ! part un peu dans tous les sens sur les plans scénaristique et visuel, mais ne frappe jamais bien loin de son point d’origine. Cela occasionne quelques moments bienvenus de jeu sacrilège avec les références et la vraisemblance, le tout est à peu près drôle et forcément moins consternant que les vaudevilles rances qui font le tout-venant de la comédie française actuelle, mais l’effet, circonscrit dans un petit monde fermé, ne peut guère aller plus loin que l’instantané.

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