La Educación del Rey

La Educación del Rey

de Santiago Esteves

  • La Educación del Rey

  • Argentine2017
  • Réalisation : Santiago Esteves
  • Scénario : Juan Manuel Bordón, Santiago Esteves
  • Image : Cecilia Madorno, Fernando Lockett
  • Décors : Alejandra Mascareño
  • Son : Lucas Kalik Stella
  • Montage : Santiago Esteves
  • Musique : Mario Galván, Martín Sánchez
  • Producteur(s) : Santiago Esteves
  • Interprétation : Matías Encinas (Reynaldo), Germán De Silva (Carlos Vargas), Jorge Prado (« El Gato » Ibáñez), Mario Jara (« El Momia »), Elena Schnell (Mabel Vargas), Martín Arrojo (Josué), Walter Jakob (Arancibia), Marcelo Lacerna (le commissaire Ábalos), Esteban Lamothe (Vieytes)...
  • Distributeur : Urban Distribution
  • Date de sortie : 22 novembre 2017
  • Durée : 1h36

La Educación del Rey

de Santiago Esteves

La confiance règne


La confiance règne

Ce film d’apprentissage et de transmission applique si résolument son programme-titre qu’on a l’impression d’être familier avec lui, de l’avoir déjà vu en plusieurs modèles, variantes, sans pourtant jamais mettre la main sur celle dont il serait le décalque, quelque part entre Le Fils des Dardenne, Gran Torino d’Eastwood… « El Rey », c’est le jeune Reynaldo qui fait ses premiers pas de délinquant. Mais ayant fui après un cambriolage, il échoue sur la propriété d’un honnête vieux briscard qui, sous le prétexte de ne pas le laisser s’en tirer à bon compte, va lui apprendre diverses choses de la vie et lui donner des clés pour sa réintégration dans la société. Le passé reste évidemment un obstacle (le vol était commandité par des policiers corrompus, qui tiennent à récupérer le butin), mais quand la menace sera à son pic, le vétéran saura donner de lui-même pour que son protégé puisse franchir le dernier pas vers la liberté.

On pourrait ne rien ajouter, à part constater que ce premier long-métrage de Santiago Esteves ne détourne ni ne sublime jamais franchement ce schéma rebattu, et le ranger parmi les insignifiantes copies d’élèves appliqués. Ce n’est pourtant pas si simple. À la vue de ce film se dégage une désarmante impression de confiance du réalisateur dans l’histoire conventionnelle qu’il raconte — non dans les balises qu’elle est censée impliquée, mais dans l’idée qu’au contraire, elle peut tout à fait exister sans elles. Cette confiance paradoxale pourrait être comparée à celle que le personnage du mentor accorde et tâche d’inculquer à son disciple, marquée notamment dans un plan qui est sans doute le plus interpellant du film : alors que Reynaldo le menace d’une pierre après une provocation, l’autre, sans sourciller, lui confie sa carabine. Tout le caractère potentiellement édifiant de l’histoire se trouve tenu à distance par l’absence d’emphase des situations et la discrétion des caractères, qui ne paraissent jamais contraints d’épouser les archétypes du genre qui pourraient leur coller à la peau (le mentor bourru, la petite frappe, etc.). Il y a toujours un moment où un personnage — principal ou non — ne rentre pas tout à fait dans la case emblématique généralement attribuée à son rôle, soit par le comportement refusant les effets (pas vraiment de franc antagonisme dans le tandem), soit par ce qu’il révèle de son vécu (Reynaldo n’est ni un oiseau tombé du nid ni un cas social).

Le récit tâche également, par petites touches, de provoquer des oscillations dans le ronron de l’application du schéma scénaristique. Ainsi verra-t-on disparaître un personnage présenté comme important, aussitôt remplacé par un autre dont on ne soupçonnait pas jusqu’ici le côté retors, quoique traité avec le même sens du contrepied au cliché ; et la fin ne sera pas synonyme de rédemption (voir comment Reynaldo se sort de l’affrontement final). L’attente du spectateur même blasé doit à de tels moments opérer une légère inflexion, constater que tout ne se passera pas exactement comme prévu, et s’adapter. D’une certaine façon, face à ce film d’apprentissage, lui aussi apprend. Un peu.

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