Le Dernier Exorcisme

Le Dernier Exorcisme

de Daniel Stamm

  • Le Dernier Exorcisme
  • (The Last Exorcism)

  • États-Unis2010
  • Réalisation : Daniel Stamm
  • Scénario : Huck Botko, Andrew Gurland
  • Image : Zoltan Honti
  • Montage : Shilpa Khanna
  • Musique : Nathan Barr
  • Producteur(s) : Eric Newman, Eli Roth, Marc Abraham, Thomas A. Bliss
  • Production : Strike Entertainment
  • Interprétation : Patrick Fabian (Cotton Marcus), Ashley Bell (Nell Sweetzer), Iris Bahr (Iris), Louis Herthum (Louis Sweetzer), Caleb Landry Jones (Caleb Sweetzer)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 15 septembre 2010
  • Durée : 1h27

Le Dernier Exorcisme

de Daniel Stamm

Satan pas content


Satan pas content

Le succès incompréhensible de Paranormal Activity a rappelé aux producteurs hollywoodiens en mal d’idées neuves qu’il y a une vie et des dollars après les vampires, les loups-garous et autres zombies qui trustent les films, séries télé et romans de gare jusqu’à l’overdose. Fatigué par l’omniprésence dans les médias des acteurs de Twilight ou True Blood, le public américain friand de séries Z s’est rabattu l’an dernier sur ce film atrocement cheap, croisement improbable du Projet Blair Witch, Poltergeist et Big Brother, réactivant illico un mythe cinématographique increvable : la possession. Dans la même veine, Le Dernier Exorcisme (32 millions de dollars au box office en deux semaines, tout de même) tente désespérément de s’inscrire dans la droite lignée de deux chefs-d’œuvre du genre : Rosemary’s Baby et L’Exorciste, qu’il pille allègrement sans jamais en saisir la portée sociale ou politique.

L’idée de départ n’est pourtant pas idiote : deux journalistes tournent un reportage façon «~Confessions intimes~» sur un pasteur évangéliste, Cotton Marcus, un escroc qui a arnaqué des fidèles en pratiquant de faux exorcismes. Un peu rongé par la culpabilité, mais pas peu fier de sa roublardise et ses talents de comédien, le révérend accepte de montrer à la caméra comment il trompe ses ouailles aveuglées par leur fanatisme. L’équipe se met en route pour un bled paumé au fin fond de la Louisiane, où un fermier fondamentaliste souhaite sauver sa fille adolescente des griffes du démon qui semble avoir pris le contrôle de son corps et de son esprit… La première demie-heure du film, sans être révolutionnaire, est assez délicieuse : le pasteur au physique de play-boy télévisé de seconde zone explique à la caméra comment la crédulité de ses fidèles lui a permis de se faire une petite fortune tout en assouvissant son goût pour le spectacle, la comédie et les tours de magie. Les pauvres gens, explique-t-il, sont prêts à gober n’importe quoi, pourvu qu’on leur serve sur un plateau ce qu’ils attendent : il en va ainsi des sermons comme des exorcismes frauduleux. La démonstration, hilarante, des tours de passe-passe utilisés pour aveugler le « client » (fil de pêche pour faire bouger les meubles, fumigènes dans le crucifix, magnétophones avec hurlements pré-enregistrés) laissent presque espérer une relecture post-moderne à la Scream sur un genre cinématographique exsangue qui n’a plus grand-chose de neuf à offrir.

Ce début de commentaire critique s’accompagne même d’une tentative d’analyse sociologique et psychologique sur les frustrations sexuelles d’une communauté bigote, qui multiplie les bouffées délirantes pour évacuer les horreurs (inceste, viol) qu’elle nourrit en secret. Hélas, les limites formelles du faux documentaire et les innombrables incohérences qu’il engendre (faux raccords, pirouettes scénaristiques improbables) réduisent rapidement ces efforts à néant, et le cahier des charges ne tarde pas à reprendre ses droits. La deuxième moitié du film s’attache donc à détruire méticuleusement les bases posées dans la première : le révérend et les deux journalistes ne tarderont pas à déchanter et à payer pour leurs péchés… L’attirail grand-guignolesque, aussi éculé que risible, est littéralement vomi à la gueule du spectateur dans un déluge de grand n’importe-quoi qui recycle sans complexe les scènes-choc des films dont Le Dernier Exorcisme s’inspire. Le final, honteusement calqué sur celui du Projet Blair Witch, pourrait bien être l’un des plus ridicules que l’on ait vus depuis longtemps. Petit conseil aux producteurs du film : attention les gars, Satan va finir par vraiment se mettre en pétard.

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